Jérôme 60° latitude Nord
Un des 895 exemplaires sur vélin pur fil (n° 335).
Le roman reçut le prix Goncourt en 1927, contre notamment L’Imposture de Georges Bernanos, pourtant ardemment soutenu par Léon Daudet. La victoire de Maurice Bedel eut quelque chose d’un hasard heureux. Inconnu du monde littéraire, il aurait confié son manuscrit après s’être renseigné, presque naïvement, auprès de la caissière de la librairie Gallimard du boulevard Raspail ; on l’orienta vers Roland Saucier, directeur de la librairie, qui transmit le texte. Quelques mois plus tard, Bedel apprenait qu’il allait être publié – puis, bientôt, qu’il recevait le Goncourt.
Médecin de formation, docteur avec une thèse consacrée aux obsessions périodiques, romancier, voyageur et essayiste, Maurice Bedel avait d’abord publié de la poésie sous le pseudonyme de Gabriel Senlis. Jérôme 60° latitude nord est moins un roman nordique qu’une fantaisie d’observation : un voyage dans une Norvège rêvée, entre satire mondaine, curiosité ethnographique et comédie des moeurs amoureuses. L’intrigue conduit son héros à Christiania – l’ancien nom d’Oslo – où le dépaysement tient autant aux paysages qu’aux usages sentimentaux.
Le succès du Goncourt ne fut pas sans réserves. On reprocha à Bedel de devoir quelque chose à Morand ou à Giraudoux ; on lui reprocha surtout une peinture jugée légère, voire indiscrète, des jeunes filles norvégiennes.
Bedel, pour sa part, devait retrouver au XXIe siècle une forme de présence inattendue avec la publication de son Journal de guerre 1914-1918, demeuré inédit pendant près d’un siècle. Commencé le 1er août 1914 dans l’ivresse patriotique, ce journal s’achève sur une lucidité sombre, presque testamentaire : « Les temps sont noirs. L’horizon est barré. Il ne faudra pas que l’on croie dans cent ans que c’était gai, la Victoire. »
De la bibliothèque « Prix Goncourt » de Gérard Pouguet, avec ex-libris.
