Humanisme et Terreur
Le volume rassemble une série d’articles qui avaient paru l’année précédente dans Les Temps Modernes, dont, depuis sa création en 1945, Merleau-Ponty assurait la direction éditoriale et rédigeait les éditoriaux en signant « TM ».
Que reste-t-il d’essentiel, quand on relit ce texte soixante-dix ans après sa parution ? On peut y trouver, en connaissant la suite de l’histoire, les premières étapes de l’itinéraire qui conduira Merleau-Ponty à dénoncer les camps du goulag, à quitter finalement l’horizon de pensée du marxisme et à se brouiller définitivement avec Sartre, en 1953.
Dès la préface, il résume en ces termes son ouvrage : « le communisme est-il égal à ses intentions humaines ? Voilà la vraie question » – celle qui porte sur la violence révolutionnaire et sa dérive stalinienne, en admettant, somme toute, que l’on puisse tuer des innocents au nom de la révolution, mais à la condition qu’il y ait, au bout du compte, quelques pas accomplis vers plus de liberté et plus d’humanisation de l’histoire. Pour le dire de manière triviale : si l’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, encore faut-il qu’il y ait un début d’omelette pour justifier la casse… Tout cela n’a pas pris une ride. Pas plus que ce souci, permanent chez Merleau-Ponty, de ne juger qu’en fonction des circonstances, des contextes, et non à partir de principes intangibles. « Humanisme et Terreur n’est donc pas seulement leçon d’histoire, document d’archives ou témoignage de l’après-guerre. C’est une grande leçon de philosophie politique appliquée, dont la méthode, par temps d’affrontements idéologiques croissants, peut et doit être retenue ». (Roger Pol-Droit, in Le Monde, juillet 2008, au centenaire de la naissance du philosophe, décédé en 1961).
