Hiems
En 1977, l’année où Pascal Quignard commence les Petits Traités, textes fragmentaires, rebelles et d’une bien étrange érudition, il donne auparavant un mince livre qu’il englobera plus tard dans la catégorie des « exercices d’arpège les plus saugrenus », fruits de son entraînement dans « les mouvements underground de l’après-68 » (Quignard, cité par V. Landel, « Le passé recomposé », Magazine littéraire n° 233) : Hiems, qu’il fait paraître aux éditions Orange Export Ltd., fondées quelques années auparavant par Emmanuel Hocquard et Raquel Levy.
Vingt-cinq ans avant Les Ombres errantes, Quignard aborde ici, et déjà, un « livre d’hiver », puisque « l’hiver est le temps qui suit le solstice (le temps qui suit le solstice en latin se dit hiems ; d’où, d’ailleurs, l’adjectif hiémal, qui signifie de l’hiver) », où les mots – ici en l’occurrence ceux du latin – font figures et donne image, celle du « morceau de brume » de l’haleine gelée, ce bout d’air visible flottant devant la bouche qui s’ouvre pour parler.
« Quignard fait déjà pour le latin ce qu’il fera de façon systématique pour l’anglais dans L’Occupation américaine : il multiplie les passages dans la langue originale et les traduit aussitôt avec une volontaire gaucherie, s’en tenant à ce mot à mot rugueux à partir duquel il est d’usage d’élaborer une traduction en bon français lorsqu’on se livre à l’exercice scolaire de la version » (Catherine Soulier, «Sarx, Hiems», in revue Anabases, décembre 2010, p. 220-225).
Le premier livre de Pascal Quignard.
Légère insolation en marge supérieure des couvertures.
