Han d’Islande
Premier roman publié de Victor Hugo, Han d’Islande paraît le 8 février 1823, anonymement, en quatre volumes in-12, chez Persan, libraire improvisé et marquis ruiné auquel le jeune écrivain avait cédé son manuscrit pour mille francs. L’ouvrage s’inscrit dans un moment décisif de la vie de Hugo : après de longues fiançailles avec Adèle Foucher, son mariage est célébré le 12 octobre 1822, rendu possible par la pension que lui accorde Louis XVIII. C’est dans ce contexte mêlé d’inquiétudes matérielles, d’ambition littéraire et de bonheur enfin conquis que Hugo remanie ce texte commencé dès 1820. La part autobiographique n’est pas à chercher ici dans l’anecdote, mais dans une certaine intensité sentimentale : ce roman de passions extrêmes, de violence, de fidélité et d’obstacles, porte nettement la marque de cet épisod de jeunesse.
La publication fut très tôt remarquée. Le Réveil, dès le 23 janvier 1823, annonçait l’arrivée prochaine d’un roman d’inspiration nordique, en le rapprochant de Walter Scott ; puis Le Constitutionnel, le 15 février, levait à demi le voile en attribuant le livre à Victor Hugo, déjà connu pour ses Odes. L’édition est signalée dans la Bibliographie de France du 8 février 1823. Hugo n’en fut pourtant pas satisfait : l’impression, fautive, était chargée de coquilles, au point qu’il souhaitera en donner dix ans plus tard une version corrigée chez Renduel, en mai 1833. Charles Nodier consacra au livre un article bienveillant dans La Quotidienne, texte fameux qui marqua le début de ses relations avec Hugo et d’une amitié appelée à compter. Mélodrame de jeunesse, volontiers excessif, Han d’Islande n’en demeura pas moins cher à son auteur, qui y reviendra par la mémoire et par l’imaginaire ; plusieurs de ses scènes ou de ses effets annoncent déjà, à distance, l’univers de Notre-Dame de Paris.
Agréable exemplaire en cartonnage de l’époque : les exemplaires de qualité de cette première édition en reliure d’époque sont fort rares.
De la bibliothèque Frédéric de Pourtalès (ex-libris).
Vicaire, IV, 236 ; Carteret, I, 390, « Ouvrage très rare et fort estimé. »
