Grèce ma rose de raison
Poèmes d’Éluard, de K. Yannopoulos et de F. Asteris composés pendant la guerre civile grecque – ces deux derniers étant des poètes et révolutionnaires grecs, exécuté en 1948 pour le premier et condamné à mort pour le second.
Au printemps 1949, Paul Éluard se rend en Grèce accompagné de deux journalistes résistants, issus de la gauche socialiste : Jean-Maurice Hermann et Yves Farge, alors commissaire de la république. Ils y rejoignent les révolutionnaires grecs menés par le général Márkos. De son périple, le poète sortira ébloui : « Je fais un merveilleux voyage en Grèce libre, écrit-il à sa fille Cécile. Je vis là, réellement, toute une époque de ma vie. Les combattants et les combattantes sont prodigieux d’espoir, de courage et de beauté. […] La nuit dernière, quatre mille paysans et soldats nous portaient en triomphe. On avait lu mon poème Athéna. C’était un meeting pour la paix mondiale et tous chantaient, dansaient… » (cité dans la « Bibliothèque de la Pléiade », II, p. 1114).
À son retour, Éluard rédige plusieurs poèmes en hommage aux résistants grecs, d’abord publiés dans Les Lettres françaises, présentés par Claude Roy, puis dans une édition illustrée de 6 bois gravés en couleurs par « Z. Srnitch », imprimée à 50 exemplaires. On sait aujourd’hui, grâce à l’exemplaire n° 1 (collection Kahn, Mille nuits de rêves, I, 2019, n° 253), qui se cache derrière ce nom : une mosaïste et graveur franco-yougoslave née à Budapest en 1924, Zizi Makris, épouse du sculpteur Agamemnon (dit Memos) Makris, qui vint à Paris en 1946 où elle étudia la gravure et l’imprimerie à l’école des Beaux-Arts, sous la direction de Galanis. C’est vraisemblablement ce dernier qui lui présenta Éluard. Les Makris furent expulsés de France en 1951, en raison de leurs engagements politiques et rentrèrent en Yougoslavie, puis illégalement en Grèce en 1960, où elle fut arrêtée et incarcérée pendant un an. Grèce ma rose de raison est son premier livre.
Cette première édition réunit six poèmes : « Le soir recule » ; « Le Mont Grammos » ; « Prière des veuves et des mères » ; « Dans la montagne vierge » ; « Des yeux qui ont vraiment trop souffert de voir » ; et « Vieille jeunesse ». Éluard y ajoute, pour l’édition chez Réclame publiée dans la foulée, quatre autres poèmes : « Pour ne plus être seuls » ; « Athéna » ; « La Grèce en tête » ; et « Si la Grèce était délivrée ».
