Paris, GLM, (24 octobre) 1935.
1 vol. (185 x 240 mm), non paginé. Broché.
Édition originale. Illustrée de 12 photographies rayogrammes de Man Ray, en héliogravure. Un des 25 premiers exemplaires sur japon, celui-ci hors commerce. Envoi signé : « à Edouard de Rouvre avec mes très vives sympathies. Paul Éluard. »

Ouvrage culte des surréalistes, Facile forme selon Parr et Badger un parfait ménage à trois en unissant la poésie, la photographie et la typographie, l’ensemble célébrant l’amour et le corps de Nusch. Réunis autour de cinq poèmes et douze photographies, Paul Éluard, Man Ray et Guy Levis Mano créent un jalon de l’édition illustrée marquant le réveil de l’érotisme dans l’art des années 1930, où, dans les nus de Man Ray, le corps n’apparaît jamais dans sa totalité selon un procédé propre à l’Homme-Lumière. La tête entière ne se montre qu’une seule fois ; les yeux jamais. « C’est en raison de l’intégration des images au texte que cet ouvrage a été fondamental pour le modernisme et une source d’inspiration pour des générations de graphistes » (Parr & Badger).

Précieux exemplaire, offert sans doute au sortir de la guerre à un jeune homme prometteur, âgé d’une vingtaine d’année : Evrard de Rouvre. Petit-fils de Charles Bourlon de Rouvre, qui lui légua une fortune considérable, le jeune homme fonde, à vingt et un ans, les Éditions Vrille, en 1944. Le premier livre publié est son propre recueil de poèmes, Instant, dont Éluard put avoir eu connaissance ; vient ensuite la revue Vrille, dont le premier numéro « La peinture et la littérature libres » est illustré par Oscar Dominguez : il réunit des textes et oeuvres de Georges Bataille, Henri Michaux, Max Ernst, Pablo Picasso, Salvador Dalí, qu’il voit défiler dans sa galerie d’antiquités Présence des arts du 38 avenue Pierre-Ier-de-Serbie. Curieux, politiques, grands industriels et collectionneurs s’y presseront des années durant. La bibliophilie ne lui était pas étrangère : sa bibliothèque – dispersée en deux vacations (1979 et 1980) – ne contient que des livres choisis, voire somptueux, en grands papiers et belles reliures. Éluard y est le poète le plus représenté. Cet exemplaire de Facile n’y figure pas. Éluard s’est étrangement trompé sur le prénom – ce ne sera ni le premier ni le dernier – en orthographiant Evrard « Edouard ». De Rouvre connaîtra par la suite une longue carrière de producteur de cinéma, tout en poursuivant la direction de nombreuses autres sociétés. Il meurt tragiquement en 1979, assassiné par son majordome.

Les exemplaires sur japon de Facile sont d’une grande rareté ; celui-ci n’est que le quatrième sur ce papier qui possède un envoi, après les exemplaire offerts à Guy Lévis Mano, Nusch et Man Ray. Il vient, à la différence de ces trois autres, sans la photo solarisée.

 

Les exemplaires hors commerce n’ont pas été pourvus de cette photographie originale, réservée et jointe aux exemplaires de tête numérotés. On connaît néanmoins certains exemplaires qui la possèdent, mais le plus souvent en tirage tardif, voire non signé – sauf exemplaires prestigieux (ceux d’Eluard et Nusch, notamment).

Robert Valette. Eluard. Livre d’identité, 1967, p. 135 ; Roland Penrose, Man Ray, Paris, 1975, p. 125 ; Les éditions GLM, [sous la direction d’Antoine Coron]. Bibliothèque Nationale, 1981, n° 73 ; Paul Eluard et ses amis peintres, exposition au centre Pompidou, 1982-1983, pp. 145-149 ; Nicole Boulestreau, Le Photopoème « Facile » : Un Nouveau Livre, Dans Les Années 1930, Revue Mélusine, n°4, 1982, pp. 163-177 ; Des livres rares depuis l’invention de l’imprimerie, [sous la direction d’Antoine Coron]. Bibliothèque Nationale, 1998, n° 194 (exemplaire Guy Levis Mano) ; Parr & Badger, The photobook. vol I. 2006, pp. 104-105 ; Bonet, Carnets, n° 656 (pl. 66) ; J.-P. Montier, Facile, ou le Livre photographique comme scène érotique, 2012, pp. 108-118 ; Sinibaldi – Couturier, Regards sur un siècle de photographie à travers le livre, 48 ; Leclair – Née, Dictionnaire Char, Classiques Garnier, 2015, pp. 203-205.

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