Donner à voir

Paris, Gallimard, (3 juin) 1939.
1 vol. (120 x 190 mm) de 213 p. et [4] f. Broché.

#32050
4 000 

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Donner à voir

Paris, Gallimard, (3 juin) 1939.
Édition originale.

Envoi signé : « à René Char, ce livre dont je voudrais par dessus tout qu'on dise qu'il est à son éloge, Paul Éluard ».

Dernier recueil paru avant l’entrée en guerre, Donner à voir – encore un titre magnétique – livre ici un exemplaire profondément chargé de sens et d’histoire littéraire : il est adressé par Paul Éluard à son ami René Char. C’est le dernier recueil qu’Éluard offrira avant cinq années sans contact direct entre les deux hommes, lesquels ne savent pas encore qu’ils seront, à l’issue du conflit, les deux grands poètes survivants et résistants. L’un par les armes, l’autre par les mots.

Publié au printemps 1939 chez Gallimard, Donner à voir est bien plus qu’un recueil de poèmes. C’est, selon Lucien Scheler, « plus qu’un art poétique, un traité d’esthétique véritablement révolutionnaire » (Pléiade, p. XLIII). Il rassemble des textes essentiels, dont certains inédits, d’autres déjà parus – mais réorganisés ici selon une logique intérieure nouvelle. Y est notamment publié pour la première fois le poème « À Pablo Picasso », dans lequel figure pour la première fois : « Tu as remis la tête sur le corps ». Un hommage direct à l’ami et au peintre, dans l’ombre de Guernica, et à une période particulière pour Éluard : celle des tensions avec André Breton, avec lequel il vient de terminer le Dictionnaire abrégé du surréalisme. Il s’en détache peu à peu, approfondissant sa relation avec Picasso. L’été précédent, à Mougins, les deux hommes partagent avec Roland Penrose, Man Ray et leurs compagnes une parenthèse solaire. À l’automne, les liens avec Breton se délitent davantage : au retour de Mexico, où il a rencontré Trotski, Breton exige une rupture idéologique totale. Il somme les surréalistes de « saboter la poésie d’Éluard ». Certains s’exécutent. D’autres – Picasso, Ernst, Penrose – se retirent, refusant de suivre cette ligne autoritaire. Le recueil Donner à voir paraît au coeur de cette tourmente. Deux mois plus tard, en septembre 1939, Éluard est mobilisé.

Le lien entre Paul Éluard et René Char, quant à lui, est ancien, profond et ne sera jamais altéré. Leur rencontre remonte à la fin des années 1920, au moment où Char rejoint le mouvement surréaliste. Elle se concrétise dès 1930 par leur collaboration à Ralentir travaux, co-écrit avec Breton : « un assez long livre de trente très beaux poèmes que l’imprimeur de Char nous fait pour rien à 200 exemplaires », confie Éluard à Gala en avril 1930.

Malgré les lignes de fracture idéologiques – entre surréalisme, communisme et engagement esthétique – leur amitié et leur admiration mutuelle traverseront les années sombres. Pendant la guerre, les deux poètes poursuivent un dialogue silencieux, portés par « l’idéal d’une Résistance unie ». René Char, volontairement muet pendant le conflit, choisira L’Éternelle revue, fondée par Éluard en 1944, pour livrer ses premiers poèmes nouveaux.

C’est à la Libération que les deux hommes se retrouvent enfin. Ils échangent leurs derniers recueils, à nouveau. Éluard offrira à Char Poésie intentionnelle ; Char lui répondra avec un exemplaire de Seuls demeurent, dédicacé ainsi :

« à Paul Éluard, obstiné, exemplaire et pur,
comme l’homme que tout menace,
comme l’homme que rien n’atteint. »

Cinq ans plus tôt, cet exemplaire de Donner à voir venait conforter René Char le lien de l’amitié des deux frères d’armes et de plume.

Bon exemplaire.
Mention fictive de deuxième édition, mais bon achevé d’imprimer de l’édition originale.

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