Dignes de vivre. Illustrations par Fautrier
Éluard ne fit la connaissance de Fautrier qu’à la fin de la guerre, par l’entremise de Paulhan, fasciné par les derniers travaux du peintre qui, remplaçant la toile par du papier largement encollé, cisèle des reliefs par un procédé qu’il invente où la matière posée sur le support est constituée d’épaisseurs de papiers entassés, pastel, colle et peinture à l’huile.
Les courbes de Dignes de vivre sont en revanche du dessin à la plume, qui enchantent Éluard, lequel « se montre émerveillé de mon grand Fautrier – l’homme rougeâtre au ventre ouvert ». Reprenant la deuxième édition de Poésie et Vérité 1942, Eluard l’augmente de quelques poèmes, lui ôte le poème « L’Âne » et lui donne un nouveau titre, Digne de vivre. Ce recueil est donc un réajustement et une amplification de Poésie et Vérité 1942, d’où son sous-titre « Édition nouvelle, revue et augmentée ».
Bel exemplaire de très belle provenance : la rencontre d’Éluard avec Paul Bonet date des années 1930 ; le relieur est installé depuis 1924, quatre ans après avoir découvert la reliure. Il a trente-cinq ans et ses premières reliures seront exposées l’année suivante au Musée Galliera et à l’exposition des Arts du livre français, où son talent passera inaperçu. Néanmoins, comme il l’indique dans ses Carnets, ces expositions lui « valurent la commande de quelques demi-reliures (…). Ce fut mon début réel et je ne connaissais aucun bibliophile ». Invité à Bruxelles chez le libraire Simonson, il y rencontre René Gaffé, qui lui confie à relier pour la première fois des auteurs surréalistes : d’abord la collection complète de La Révolution surréaliste, puis quatre titres d’Aragon : Anicet, Le Traité du style, Le Libertinage et Le Paysan de Paris. Suivront le Manifeste du surréalisme puis Ralentir travaux, qui aboutiront à la rencontre de Bonet avec André Breton et Paul Éluard.
Éluard sera le premier à lui confier quelques travaux – d’abord son propre exemplaire de Nadja en février 1931 -, tandis que Breton lui commande en octobre un ensemble de reliures et demi-reliures, que Bonet signale dans ses Carnets : « diverses autres reliures sur des oeuvres de Breton et Éluard », pour les deux poètes et pour le bibliophile René Gaffé.
Par la suite, Bonet n’aura de cesse de croiser Éluard, tant par amitié que par affinité en bibliophilie. Il est, avec Apollinaire (que Bonet n’a pas connu) le poète qu’il aura le plus relié : 75 exemplaires, sans compter les demi-reliures réalisées. Seul Apollinaire aura été (beaucoup) mieux traité avec 149 recensements, du fait de commanditaires plus nombreux.
