Le tampon de copyright comporte la mention : « E.R. YERBURY & SON. 92 MORNINGSIDE ROAD, EDINBURGH ».
Très beau portrait photographique du général de Gaulle, pris à Édimbourg en 1942 par Edward Reuben Yerbury, dans l’atelier de la maison E. R. Yerbury & Son.
La photographie appartient à un moment très précis de l’histoire de la France libre. Le 23 juin 1942, de Gaulle se rend à Édimbourg pour inaugurer la Scottish Free French House, installée au 28 Regent Terrace, dans l’un des plus beaux ensembles géorgiens de la New Town, au flanc de Calton Hill. La maison devait servir à la fois de lieu d’accueil pour les Français libres de passage en Écosse et de centre de rayonnement culturel français. Après la guerre, elle deviendra pour un temps le consulat général de France, avant de devenir la résidence officielle du consul général.
Le discours prononcé ce jour-là est resté célèbre. De Gaulle y célèbre l’alliance franco-écossaise, l’ancienne Auld Alliance, scellée à la fin du XIIIe siècle, et la présente dans une formule appelée à une grande fortune : « la plus ancienne alliance du monde ». En pleine guerre, alors que la France libre cherche partout ses appuis, ce rappel historique n’a rien d’anecdotique. Il permet au Général d’inscrire le combat présent dans une fidélité longue, presque dynastique, entre l’Écosse et la France.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le portrait réalisé par Yerbury. Edward Reuben Yerbury, issu d’une importante dynastie de photographes d’Édimbourg, dirige alors avec la maison familiale l’un des studios les plus réputés de la ville. Installé à Morningside Road, le studio E. R. Yerbury & Son s’était fait une spécialité du portrait, avec une exigence de pose, de lumière et de tirage qui lui valut une reconnaissance bien au-delà du cercle local. En 1942, Yerbury est sollicité pour réaliser plusieurs études photographiques du chef de la France libre.
Le portrait est d’autant plus intéressant qu’il fixe un de Gaulle encore en guerre, mais déjà pleinement constitué dans son image publique. Ce n’est pas le de Gaulle présidentiel des années 1960, ni même seulement l’homme du 18 Juin : c’est le chef de la France libre au moment où sa figure se stabilise, droite, grave, militaire, offerte à la fois aux réseaux français, britanniques et alliés. L’image prise à Édimbourg devint rapidement l’un des portraits de référence du Général, appréciée de ses fidèles et largement diffusée au cours de l’année 1942.
Le destin ultérieur de Yerbury confirme l’importance accordée à ces portraits. À la Libération, le photographe fut invité par le gouvernement français à Paris, en 1945, pour photographier à nouveau de Gaulle. Le geste témoigne de la reconnaissance portée à ces images de guerre, réalisées loin de la France occupée, mais déjà destinées à construire la présence visible du chef de la France libre.
Magnifique tirage, l’un des rares connus signés.



