L'exemplaire de l'auteur, avec corrections autographes.
Il comporte en tête l'ex-libris manuscrit : « Maurice Genevoix, 1917 ».
Troisième des récits de guerre de Genevoix, Au seuil des guitounes (le terme de « guitoune », d’origine nord-africaine, est utilisé dans l’argot militaire pour désigner une tente) couvre la période du 20 octobre au 3 novembre 1914, racontée en quinze jours. Il constitue la suite directe de Sous Verdun et de Nuits de guerre, et en partage les contraintes : le récit, contemporain des faits, ne peut se soustraire à la censure militaire. Ici encore, un passage entier est supprimé, p. 119.
L’auteur conservera ce précieux exemplaire de l’édition originale, abondamment corrigé de sa main. Il comprend plus d’une centaine de modifications autographes : la plupart sont typographiques, mais plusieurs touchent au vocabulaire, à la syntaxe, à l’équilibre des phrases, ou à l’identité des personnages – les noms laissés en blanc dans l’édition sont ici parfois explicités.
Genevoix restaure surtout le passage censuré. Il s’agit d’un dialogue particulièrement critique vis-à-vis du commandement militaire, tenu par l’ordonnance Pannechon – figure semi-comique mais lucide -, supprimé dans l’édition de 1918 :
« D’abord, mon lieutenant, ceux qui nous ont défendu d’tirer, est-ce qu’is sont v’nus s’rendre compte sur place ? Pensez-vous ! C’est toujours pareil ! Ceux qui savent pas, c’est juste ceux-là qui commandent. »
Et le narrateur d’enchaîner :
« Toujours pareil en effet. Toujours le même dogmatisme raide, la même fate confiance en soi, le même refus de se soumettre aux faits. »
Genevoix a soigneusement recopié ce passage à la plume dans l’espace laissé vierge, où ne figurait plus que la mention (Censuré). Cette annotation restauratrice, ajoutée aux nombreuses corrections du texte, fait de cet exemplaire un véritable document de travail, préparatoire à la réédition complète et non expurgée qu’il donnera en 1926.
Un des plus beaux exemplaires connus de ce récit, à la fois exemplaire de l’écrivain, manuscrit de reconstitution, et archive vivante de la censure en temps de guerre ; il est conservé dans une demi-reliure de maroquin bleu à coins, établie à l’identique de ses autres exemplaires personnels
De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles », avec ex-libris.















