Paris, Éditions Surréalistes, chez José Corti, (25 novembre) 1930.
1 vol. (185 x 235 mm) de [44] p. Broché, sous emboîtage de Julie Nadot.
Édition originale. Un des 185 exemplaires sur papier Ingres rose (n° 185). Envoi signé : « à Georges Hugnet… Quand le poème se sépare du poète… pour un autre poète avec les amitiés de René Char ».

Paul Éluard et René Char se rencontrent à l’automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu’il était le Lamartine du Surréalisme, un « Lamartine sans lame » : le nom d’Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu’il est alors en train de préparer. Rédigé par René Char avec la collaboration d’André Breton et de Paul Éluard, le prière d’insérer s’ouvre sur cette exclamation « Femmes qu’on ne voit pas, attention ! », parue dans un journal parisien sous forme de petite annonce qui fit son petit effet puisque, le soir même, deux jeunes femmes se présentèrent chez René Char… Artine, femme rêvée ou plutôt femme de rêve éveillé, cheminera dans l’oeuvre de Char, à nouveau nommée dans Ralentir travaux, La Parole en archipel ou Sous ma casquette amarante : une superposition de deux figures, celle « d’une jeune femme morte noyée, Lola Abba » et celle « d’une jeune fille que j’avais rencontrée trois ou quatre ans auparavant, sur la pelouse d’un hippodrome, lieu fascinant entre tous, que je fréquentais comme une terre magnétique » (René Char, Sous ma casquette amarante). Les rapports entre les deux titres sont à l’évidence multiples et ces coïncidences, une manne pour les surréalistes qu’ils étaient alors.

Artine marque le rapprochement, déterminant, entre Char, Breton et Éluard, auquel venait d’être dédié Arsenal. Char fera à ce dernier le plus beau des cadeaux une fois le texte publié : il lui offrira le manuscrit d’Artine, rédigé sur papier jaune. Éluard le conservera jusqu’à sa mort, avant que René Char ne le récupère et ne le garde longtemps aux Busclats.

Très bel exemplaire, de remarquable provenance. Il est complet de son prière d’insérer.

Il provient de la collection Régine et Bernard Loliée (Sotheby’s, avril 2016, lot 134).

PAB, Bibliographie des OEuvres de René Char, n° 4, p. 15. ; Sebbag, Les éditions surréalistes, 17.

#18408
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