Les Pieds Nickelés en Amérique

Planche originale n° 214
[pour L'Épatant, n° 1178, 26 février 1931]
1 planche (250 x 325 mm) de 8 cases en couleurs, signée, tampon en haut à droite de la revue « Epatant ».
Planche originale de Louis Forton pour Les Pieds Nickelés en Amérique, publiée dans L’Épatant, n° 1178 du jeudi 26 février 1931, sous le titre courant Les Nouvelles Aventures des Pieds-Nickelés, avant sa reprise en album par la Société parisienne d'édition en 1933.

Encre de Chine et crayon bleu sur papier. Huit cases, avec plusieurs signatures « Forton ».
Notes d'indications de fabrication « Les Pieds Nickelés – 214 – suite », « 5596 » et « 198 ».

En ce début du XXe siècle, contrairement à La Jeunesse illustrée et aux Belles Images des éditions Arthème Fayard ou à La Semaine de Suzette de Gautier-Languereau qui peuplent les rêves des enfants sages de la bourgeoisie, la maison Offenstadt choisit d’oeuvrer en direction des classes populaires avec L’Illustré (1904) devenu Le Petit Illustré (1906), L’Épatant (1908), L’Intrépide (1910) et le Le Cri-Cri (1911). Tous à prix modique (5 centimes, jusqu’en 1917) pour 10 à 16 pages (dont le quart en couleurs) et de format maniable pour des mains enfantines (environ 20 x 30 cm), ces hebdomadaires vont propager les histoires en images : une révolution dans la lecture qui permet au jeune lecteur de pressentir l’intrigue du récit grâce à la succession des vignettes, malgré l’omniprésence du texte.

De tous ces périodiques, L’Épatant est le plus apprécié, grâce notamment à la publication des « Pieds nickelés », mais aussi par ses couvertures en couleurs très attractives, par son ton gouailleur et argotique, par l’apologie systématique de l’esprit « loustic », et l’utilisation du comique troupier. Cet humour, à la limite parfois de la vulgarité, séduit les lecteurs des milieux populaires, spectateurs par ailleurs des premiers films burlesques. Le point d’orgue est l’arrivée des « Pieds nickelés », au n° 9 du 4 avril 1908.

Créés par Louis Forton, Croquignol, Filochard et Ribouldingue imposèrent l’un des premiers grands mythes populaires de la bande dessinée française : trois filous rétifs à toute forme de travail, vivant d’expédients, d’escroqueries et d’aventures aussi invraisemblables qu’irrévérencieuses. Forton fut notamment l’un des pionniers en France de l’emploi régulier du phylactère, qu’il mêle encore ici au récit placé sous les images.

Cette planche appartient à l’aventure publiée dans L’Épatant entre septembre 1930 et avril 1931, qui fut réunie deux ans plus tard par la Société parisienne d’édition sous le titre Les Pieds Nickelés en Amérique. L’édition originale de l’album parut en 1933

Les trois Pieds Nickelés y apparaissent en bagnards évadés, tapis dans les herbes pour échapper à leurs poursuivants armés. La planche témoigne également d’un moment charnière dans l’histoire de la bande dessinée française. Forton, qui avait été dès 1908 l’un des pionniers du phylactère en France, conserve encore ici la construction traditionnelle du récit en légendes placées sous les images, tout en donnant directement ici la parole à ses personnages : « Ils sont partis », « Sortons », « Sauvons-nous » : trois phylactères dont l’emploi est encore bien loin d’être généralisé et une coexistence des deux modes narratifs particulièrement caractéristique de son oeuvre.

Les récitatifs visibles dans L’Épatant seront ajoutés en typographie sous les cases lors de la publication.

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