Paris, Minuit, (16 juillet) 1984.
[Reliure signée de Louise Bescond]
Édition originale.

Un des 106 premiers exemplaires sur arches (n° 9).

Prix Goncourt 1984. « Enfin », dira Marguerite Duras, trente-quatre ans après l’échec d’Un barrage contre le Pacifique (1950). L’Amant est le roman d’une révélation : dans l’Indochine coloniale des années 1930, une adolescente pauvre de quinze ans et demi entame une relation avec un riche héritier chinois. L’histoire, inspirée de la propre jeunesse de Duras, transcende le récit autobiographique par une écriture à la fois neutre et vibrante, rapide et lancinante, qu’il faut, disait-elle, « lire à haute voix ». François Nourissier, saluant l’ouvrage dans Le Figaro littéraire, soulignait que « dès les premières lignes éclatent l’art et le savoir-faire de Duras, ses libertés, ses défis, les conquêtes de trente années pour parvenir à écrire cette langue allégée, capable d’aller à la vitesse exacte de la pensée et des images ».

Au lendemain de l’annonce du Goncourt, Marianne Alphant, pour ‘Libération’, se rend aux Roches noires à Trouville, où vit Duras. Quand la journaliste lui demande : « Comment expliquez-vous que les Goncourt vous aient donné ce prix qui semble en contradiction complète avec leurs habitudes ? », la réponse fuse : « C’est un fait politique. Les Goncourt m’ont donné ce prix parce qu’ils ont cru qu’il était possible de me le donner. Parce qu’ils n’ont pas trouvé de raison de me le refuser. Parce qu’ils ne se sont pas empêchés de me donner le prix. » Mais c’est aussi le succès immédiat du roman qui a emporté la décision : les 25 000 exemplaires du tirage initial sont vendus en cinq jours, puis 100 000 en moins de trois semaines, bien avant que le livre n’intègre les sélections du Goncourt. Les réimpressions s’enchaînent, tandis que quatre éditeurs américains se disputent déjà les droits de traduction. Au total, le livre atteindra très vite le million d’exemplaires, sera traduit dans des dizaines de langues et adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud (1992), avec la voix off de Jeanne Moreau restituant le « chant » durassien.

La première reliure de Louise Bescond sur ce texte, magnifiquement sublimé.

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