La Vie devant soi
Un des 40 premiers exemplaires sur vélin de Ruysscher.
C’est dès l’hiver 1974 que Romain Gary décide de donner une voix à son pseudonyme et propose à son petit-cousin, Paul Pavlowitch, d’incarner Émile Ajar. Lecteur passionné, familier de l’oeuvre de Gary, il joue le rôle à la perfection, jusqu’à créer de faux papiers et rencontrer l’éditeur Michel Cournot au Mercure de France. La mystification prend, organisée depuis la maison dans le Lot de Pavlowitch, en juillet, pour imprimer La Tendresse des pierres, titre initialement choisi. Mais une relecture nocturne révèle que ce titre figure déjà dans Adieu Gary Cooper. Branle-bas de combat : les feuillets de titres sont refaits à la hâte, et un nouveau titre doit être trouvé. Le roman paraîtra finalement en août sous le titre que l’on connaît, tiré d’un passage du livre : « Tu as toute la vie devant toi ».
L’accueil est foudroyant. Jacqueline Piatier annonce dans Le Monde « Le second exploit d’Émile Ajar », Max-Pol Fouchet salue un « Voyage au bout de la nuit » moderne. Le 17 novembre, La Vie devant soi reçoit le prix Goncourt. C’est le second pour Gary, après Les Racines du ciel (1956) : un exploit inouï, rendu possible par la fiction d’Ajar. Sollicité, Gary répond avec feinte distance : « Je n’ai pas encore lu La Vie devant soi... » La mystification tiendra jusqu’à la mort de l’écrivain en 1980, révélée seulement par son testament littéraire, Vie et mort d’Émile Ajar, qu’il conclut par un « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. »
Bel exemplaire, établi par Georges Leroux en 1991.
Exemplaire de choix.


