Les amis II
Éluard a inscrit la date sous sa signature : « chez René Char le 19-1-37 ».
Le recueil repose sur un renversement célèbre : ce ne sont pas les dessins de Man Ray qui illustrent les poèmes, mais les poèmes d’Éluard qui « illustrent » les dessins. La main, le désir, le rêve, la femme aimée, l’amitié et la liberté y circulent d’une image à l’autre, dans l’un des dialogues les plus libres du surréalisme entre texte et dessin.
« Les amis » occupe une place essentielle dans cette construction. Placé à la fin du volume, seul véritable poème en prose du recueil, il ferme Les Mains libres sur une scène d’amitié, de veille et de présence partagée. Le manuscrit en donne ici un état autographe, rédigé chez René Char.
La date est précieuse. En janvier 1937, Paul et Nusch Éluard séjournent auprès de René Char et Georgette Goldstein à la villa Eden Park, au Cannet, où Char se remet d’une grave septicémie. Éluard évoquera plus tard cette quinzaine vécue « dans l’improvisation et l’aisance de l’amitié ». Le manuscrit conserve la trace directe de ce moment : un poème sur les amis, écrit chez l’ami.
C’est également durant ce séjour que Char et Éluard composent ensemble les deux poèmes qui seront publiés à titre posthume sous le titre Deux poèmes, chez Jean Hugues, en 1960. Autour de Char, Éluard, Nusch et Georgette, l’amitié devient alors non seulement un thème, mais une pratique immédiate de la poésie.
