Léon Bloy

Portrait de Léon Bloy
# Biographie à rédiger : Léon Bloy ## Données BnF Notice : Journaliste. - Pamphlétaire. - Romancier. - Mémorialiste. Naissance : 1846-07-31, Périgueux, Dordogne Décès : 1917-11-03, Bourg-la-Reine, Hauts-de-Seine ## Descriptions de livres (7 ouvrages en catalogue) ### 1. Le Symbolisme de l’Apparition Léon Bloy consacra de nombreuses années à ce texte resté inachevé et publié seulement après sa mort. L'ouvrage trouve son origine dans les grandes apparitions mariales du XIXᵉ siècle - La Salette (1846), Lourdes (1858) et Pontmain (1871) - qui, pour Bloy, constituent les manifestations successives d'une mystérieuse et persistante intervention divine dans l'Histoire. La première de ces apparitions, celle de La Salette, survenue l'année même de sa naissance, occupe une place centrale dans sa réflexion : portée à sa connaissance vers 1877, elle contribua puissamment à orienter sa conversion au catholicisme, tout en se donnant à la littérature une dimension presque sacrée. De là ce style visionnaire et incandescent qui caractérise l'oeuvre de Bloy, saturé d'images et de fulgurances destinées à réveiller les « somnambules » et à leur rendre le goût de l'éternité. Bel exemplaire. ### 2. Le Désespéré Il contient bien le passage relatif au directeur du Figaro Francis Magnard (ici Magnus Conrart du Basile), qui occupe les pages 400 à 402, d'après le texte donné dans l'édition Soirat, conformément aux rectifications faites par Léon Bloy. Ce premier roman de Bloy, largement autobiographique, transpose dans la fiction le drame vécu entre l'écrivain et Anne-Marie Roulé, une relation où la sensualité est peu à peu effacée par le mysticisme. L'édition en avait été confiée à la maison Tresse et Stock mais, à mesure que Bloy fournissait ses feuillets à l'imprimeur Darantière, Stock y découvrit un violent passage à l'encontre de Francis Magnard, directeur du Figaro, qui occupe les pages 400 à 402. Pour l'éditeur, il était hors de question de publier une telle charge. Refus évidemment total de Bloy, alors que les ouvrages n'attendaient plus que le brochage. Tous les exem-plaires imprimés furent donc remisés et Bloy, qui tenait à la parution de son livre, se mit en rapport avec l'éditeur Soirat, qui fit à nouveau imprimer Le Désespéré, non sans avoir modifié le passage problématique pour éviter un procès. Le Désespéré parut donc ainsi, « officiellement », en 1886, à deux mille exemplaires, et sans papiers de luxe. Fort de l'accalmie du temps - et du fait que l'édition Soirat n'a donné lieu à aucun procès -, Stock se décida en 1893 à exhumer la sienne des caves où les exemplaires sommeillaient. Il fit réimprimer en partie le cahier 23, contenant les passages à censurer (pages 397-402) qu'il remplaça par le texte amendé et conforme à l'édition Soirat ; ces cartons sont reconnaissables du fait du double astérisque qui remplace la numérotation princeps [23] du cahier. Stock fit brocher ces nouveaux feuillets avec le reste du texte imprimé en 1886, publiant ainsi l'ouvrage à la grande colère de Bloy.Ils furent diffusés sous une nouvelle couverture au printemps 1893, y compris les 10 exemplaires de tête, imprimés sur papier de Hollande, eux aussi dès 1886. Quelques exemplaires - cinq ont été recensés, parmi lesquels deux Hollande - ont cependant été conservés non cartonnés et contiennent ainsi le texte primitif dans son intégralité.Bloy n'apprécia guère la manoeuvre et considéra toujours que l'édition Soirat était la seule et unique, « la prétendue édition Tresse & Stock, très défectueuse, ayant été odieusement carottée » (dans une dédicace à Paul Fermiot, citée dans le catalogue n° 7 de notre confrère Éric Grangeon). Cela ne l'empêcha cependant pas d'offrir plusieurs exemplaires Tresse et Stock à des proches. ### 3. Histoires désobligeantes En 1892, de retour du Danemark, Léon Bloy reprend sa collaboration avec le Gil Blas pour une série de trente-huit articles : autant de tableaux, anecdotes et récits militaires inspirés par son expérience de la guerre de 1870 ainsi qu'une série de contes 'cruels'. Les premiers formeront Sueur de Sang, publiés en 1893 ; les seconds seront regroupées sous le titre Histoires désobligeantes, l'année suivante. Elles ciblent pour la plupart les bourgeois, « ces hommes qui ont l'air d'être pluriels » et « font semblant d'être vivants », le monde moderne et ses turpitudes, décryptant avec verve et talent un réel trop souvent sordide, ou tout du moins risible. Plus légèrement, il décrit par exemple l'usage du téléphone, un « irresponsable véhicule des sottises ou des turpitudes contemporaines », faisant de Bloy - supposé réactionnaire - un précurseur : ce qu'il disait du téléphone, nous le disons maintenant des réseaux sociaux. Selon Bloy, il s'agit là d'un « attentat plus grave [...] puisqu'il avilit la parole même » (in « Le Téléphone de Calypso », nouvelle XVIII). Ces précieuses épreuves - avec de nombreuses corrections et additions autographes - ont été composées par l'imprimerie Morand, à Orléans, du 24 juillet au 24 août 1894, et sont soigneusement revues par Bloy, qui a notamment ajouté une dédicace en tête de chaque histoire. Au dernier feuillet, longue note de Bloy à son imprimeur :« Je prie M. Morand de ne pas s'impatienter de mon apparente indécision. Mais l'arrangement de mes derniers chapitres présentait certaines difficultés. Je ne savais où placer exactement le conte intitulé « Marchenoir » dont il fallait calculer l'effet avec le plus grand soin. Je suis fixé désormais après force hésitations. Ce chapitre sera, non pas le dernier, mais l'avant-dernier du livre et le nom de « Marchenoir » sera remplacé au titre seulement par celui de « Caïn » - « La Dernière trouvaille de Caïn ». Je désire ne donner le bon à tirer pour les feuilles à partir de la page 168 que sur la mise en pages définitive, suivant l'indication qui précède. Je prends cette occasion de rappeler à M. Morand que j'ai demandé une épreuve de la page au verso du faux-titre de mon ouvrage. » Ancienne collection Daniel Sickles (XV, n° 6185). ### 4. « Notification préalable aux Spadassins du Silence d’En Bas » Bloy reprend ici son éloge à Christophe Colomb paru dans Le Révélateur du Globe, défendant la dimension christique du navigateur et chargeant son dernier descendant, un certain duc de Veragua, lequel dépensait son temps et sa fortune à élever des taureaux en Andalousie et, plus encore, foulait aux pieds la mémoire de son prestigieux aïeul. « L'Espagne n'a jamais pu pardonner à Christophe Colomb de l'avoir faite, pendant deux siècles, la plus puissante nation de l'univers. En voilà bientôt quatre qu'elle le méconnaît et le déshonore ! Toute la canaille péninsulaire, monarques en tête, s'est ruée sur ce sublime Malheureux qui la fait mugir comme les taureaux de ses Arènes, en étendant vers elle ses nobles mains enchaînées. » Il existe une autre version autographe (une mise au propre) de ce texte, conservé dans le manuscrit conjoint du Désespéré et de Christophe Colomb devant les taureaux (Jean Loize, Bloy, n° 166 ; BnF, exposition 1968, N° 268a ; Aristophil, 11, n° 413). Notre manuscrit contient plusieurs corrections et variantes absentes de cette recopie, à l'encre rouge. « Ce nouveau livre qui serait mon dernier soupir littéraire, si le voeu d'un assez grand nombre de mes contemporains était exaucé, s'annonça, dès l'incubation, comme devant procurer à son auteur l'enviable réconfort du plus parfait insuccès (...) Il s'en faut que j'ai dégorgé tous les mépris que j'ai sur le coeur ! [...] Demain ou après-demain, je m'occuperai à nouveau de quelques français que je n'ai pas oubliés et comme dit le proverbe chaque chien aura son jour ». Le texte est dédié à sa femme, Johanne Molbech, épousée quelques mois plus tôt : c'est sur le faire-part de leur mariage que Léon Bloy a rédigé ce manuscrit, en utilisant le verso et les parties blanches autour de la mention, biffée, de « Monsieur Léon Bloy a l'honneur de vous faire part de son mariage avec Mademoiselle Johanne Molbech / Qui aura lieu le Mardi... ». Les corrections sont portées au crayon de couleur rouge. Magnifique document. ### 5. Le Révélateur du Globe De ce texte, Léon Bloy, âgé de trente-huit ans à sa publication, avait donné cinq ans plus tôt une première version, dans la Revue du monde catholique (15 et 30 mars 1879) sous le titre « De la béatification de Christophe Colomb » dont on retrouve 7 des 13 chapitres de l'édition en volume formant la première partie du Révélateur ; « Exposé et Historique de la Cause » ; « Obstacles à l'introduction de la Cause » (15 juillet 1879) dont on retrouve 4 des 10 chapitres de l'édition en volume. Notre manuscrit contient les titres des trois parties du livre, les chapitres de chacune d'elles, bien qu'abrégés ou tronqués ainsi que la mention d'une partie des appendices. La composition même de ce cahier manuscrit est un passionnant témoignage de sa méthode d'écriture et des étapes successives de sa composition à laquelle il restera fidèle ; Léon Bloy ne se départit en effet jamais d'une méthode de rédaction très architecturée : « [...] d'abord, un premier jet sur feuilles volantes, puis une première copie, sur cahiers d'écolier cartonnés (ce second état est encore abondamment corrigé et de la même écriture extraordinairement fine que le premier brouillon), enfin la copie pour l'impression » (Joseph Bollery, Léon Bloy : essai de biographie). La présentation même de notre cahier noir atteste de la première et seconde phases - de loin, il va de soi - les plus instructives sur la genèse de son texte. Ainsi, les 11 feuillets montés en tête (de format plus petit que ceux du cahier) par Bloy sans doute sont d'un premier état de travail et sous un titre qui ne réapparaîtra plus dans les versions successives : « Christophe Colomb par M. le Comte Roselly de Lorgues ». Ils ont été margés par Bloy lui-même, lui permettant ajouts et corrections. Quant aux 12 feuillets du cahier lui-même (papier ligné avec marge à gauche), ils montrent, par les coupes comme par les renvois qu'il effectue dans son texte, que Bloy en est déjà au second état de son manuscrit ; les ajouts, les repentirs et les innombrables corrections attestent de l'écriture à l'oeuvre et annoncent une nouvelle mise au propre (à moins d'une troisième version intermédiaire). Certains passages tronqués dans le « Cahier noir » et dont on retrouve l'intégralité dans les feuillets montés en tête témoignent de l'unité et de la cohérence de cet ensemble, seul témoin du futur Révélateur du globe. Ainsi, par exemple, le chapitre II de la deuxième partie « Celui qui ne croit pas au surnaturel... » est indiqué par ses premiers mots dans le cahier (p. 13) suivi d'un « etc. » : on en retrouve le texte dans le manuscrit de premier jet (p. 3 et 4). De même pour le début du chapitre III « La colombe portant le Christ... » dont on peut lire l'entièreté p. 4 et 5 du manuscrit de premier jet. De ce texte Léon Bloy avait donné cinq ans plus tôt une première version, dans la Revue du monde catholique (15 et 30 mars 1879) : « De la béatification de Christophe Colomb » dont on retrouve 7 des 13 chapitres de l'édition en volume formant la première partie du Révélateur « Exposé et historique, de la Cause » puis le 15 juillet de la même année, « Obstacles à l'introduction de la Cause » et dont notre manuscrit sous le titre final comporte bien les chapitres, mais encore à l'état de travail et certaines fois tronqués. Ces textes, qui trouveront place dans le futur Révélateur du globe (35 chapitres), s'articulent déjà en trois parties dont on retrouvent dans le cahier noir les titres définitifs : « Exposé et Historique de la Cause », « Le Serviteur de Dieu » et « Obstacles à l'introduction de la Cause ». En revanche le titre Le Révélateur du globe qui sera celui du volume n'apparaît pas dans le « Cahier noir ». Précieux manuscrit et seul connu à ce jour du premier livre de Bloy, auteur encore inconnu dont Jules Barbey d'Aurevilly annonçait dans sa préface la gloire future et la puissante originalité. Il n'existe à notre connaissance aucun autre manuscrit du Révélateur du globe, absent des collections de la Bnf, absent de la BLJD. Des bibliothèques Daniel Sickles (XI, n° 4190) puis Philippe Zoummeroff (15 mars 1995, n° 282). ### 6. « De la béatification de Christophe Colomb » D'une écriture large et lisible comme Léon Bloy s'y appliquait pour les manuscrits qu'il confiait à la dactylographie, le cahier est rédigé à l'encre brune sur papier d'écolier ligné sur lequel il a tracé une marge au crayon de couleur rouge. Son texte est réglé en colonne de 135 mm, justifié à gauche. Les pages sont numérotées en gros caractères et au crayon de couleur rouge dans la marge supérieure gauche de 2 à 30 ainsi qu'à l'encre en marge inférieure gauche, mais d'une numérotation irrégulière. Toujours dans la marge gauche, Bloy a porté des corrections et des ajouts. Au feuillet 18 se termine la première partie du texte et Bloy a biffé « La fin au prochain numéro », et ajouté « Léon Bloy / Paris 22 rue Rousselet. Envoyer les épreuves à cette adresse ». La même mention se répète à la fin du manuscrit au feuillet 30. Le manuscrit est signé à deux reprises « Léon Bloy ». En marge gauche, d'une autre main, on repère les noms des dactylos (12 en tout). Composition des 7 chapitres du manuscrit :« De la béatification de Christophe Colomb » :- [f. 1 à 5] page 2 à 4 : ch. I ; - [f. 5 à 10] page 4 à 9 : ch. II ; - [f. 10 à 14] page 9 à 13 : ch. III ; - [f. 14 à 19] page 13 à 18 : ch. IV (fin de la première livraison et signature de Bloy). « De la béatification de Christophe Colomb - Suite et fin » : - [f. 20 à 23] page 19 à 22 : ch. V ; - [f. 23 à 29] page 22 à 28 : ch. VI ; - [f. 30 à 31] page 28 à 30 : ch. VII. Après la lecture de La vie de Christophe Colomb par le comte Roselly de Lorgues et des multiples ouvrages que ce dernier lui avait consacré, Bloy n'aura de cesse de soutenir la cause du découvreur de l'Amérique auprès de l'Église dont il attendait que s'ouvre une enquête destinée à sa béatification. Il donnera ainsi à la Revue du Monde catholique trois articles, dont notre manuscrit : « De la Béatification de Christophe Colomb » et « Obstacles à l'Introduction de la Cause » le 15 juillet 1879. Ces articles prendront place dans le futur livre que Bloy fera paraître chez Sauton en 1884 : Le Révélateur du globe. Après la parution, il relancera ce qui lui tient tant à coeur et adressera - en latin - une lettre à l'épiscopat français : il en reste aujourd'hui une rare petite plaquette dont le tirage est entièrement hors commerce : Lettre encyclique à tous les évêques de France (Paris, s.é., 4 octobre 1890). Des bibliothèques William Froehlich (ex-libris) ; Daniel Sickles (XI, n° 4190). ### 7. « On demande des prêtres » Bloy a utilisé ici une partie des épreuves de son article « M. Charles Buet et son dernier livre Scènes de la vie cléricale », paru le 5 mars 1882 dans Le Foyer illustré qu'il rectifie et détourne, le titrant « On demande des prêtres ». Habilement découpés (aux feuillets 5 et 6, Bloy a gardé deux anciennes corrections), ces placards ont été recomposés sur de nouvelles feuilles dont les marges contiennent corrections, coupes et ajouts autographes. Des passages biffés et remplacés (comme de l'ensemble de ses corrections), il apparaît clairement que Bloy avait le projet d'un nouveau texte, dont cet article initial servirait de base. Bien qu'aucun passage ne puisse s'y rattacher littéralement, son propos peut être rapproché de l'Épilogue de son livre, Belluaires et porchers, qu'il titre d'ailleurs « On demande des prêtres », qui paraîtra vingt ans plus tard. Inédit à notre connaissance, ce travail a été entrepris dix ans après l'article du Foyer illustré tel que le mentionne Bloy dans son dernier ajout autographe : « J'écrivais cela, il y a dix ans environ, presque au début de ma vie littéraire commencée si tard, & j'avais évidemment la main plus douce qu'aujourd'hui. » C'est peu de le dire. Quand, en 1882 il réclamait des pasteurs « éperdus de charité », il accusera dans le terrible Belluaires et Porchers (1905) ces mêmes pasteurs de trahir leur mission : « On vous demande, messieurs les successeurs des Apôtres, de ne pas dégoûter le Pauvre qui cherche Jésus, de ne pas détester les Artistes et les Poètes, de ne pas envoyer au camp ennemi - à force d'injustice, de déraison et d'ignominies, - celui qui ne chercherait pas mieux que de combattre à côté de vous et pour vous, si vous étiez assez humbles pour le commander. » La lettre montée en tête (oct. 1951) adressée par le biographe et éditeur de Bloy, Joseph Bollery, au premier propriétaire de ce document, André Vasseur, en éclaire le contexte, de sorte que le caractère inédit de ces épreuves remaniées pourrait s'expliquer par la brouille qui se produisit entre Bloy et Buet.

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