La Jument verte

Paris, Gallimard, (15 juin) 1933.
1 vol. (120 x 190 mm) de 303 p. Maroquin vert, double filet d'encadrement sur les plats, dos à nerfs orné de caissons dorés, titre doré, date en pied, contreplats bors à bord de maroquin violine, gardes identiques, couvertures et dos conservés (reliure signée d'Alix).
Édition originale.

Un des 147 premiers exemplaires sur vélin pur fil.

Montée en tête, lettre autographe signée : « Mon cher Spaak, Je suis bien content que mon Chemin vous ait intéressé et votre lettre m'a plongé dans le ravissement. Que le fondement échappe à ceux qui vous avaient déconseillé de lire le livre et soyez remercié chaudement d'avoir passé outre à leurs avis. Je vous ai aperçu à une réunion du syndicat des scénaristes et j'ai vainement tenté de me signaler à votre attention. Vous suiviez passionnément le débat et vous êtes intervenu avec vigueur et précision.Comme il me fallait partir avant la fin de la réunion je n'ai pu que vous appuyer d'un murmure flatteur et prendre la porte sans vous avoir serré la main. Je l'ai bien regretté. Je vous ai vu aussi au procès de Rebatet. Je comptais vous féliciter de votre témoignage, mais vous preniez le train pour Bruxelles. Quoique vous soyez un homme très occupé, j'espère qu'un jour j'aurai la chance de pouvoir vous approcher jusqu'à vous toucher. Merci de votre bonne lettre, mon cher Spaak, et croyez à ma très grande sympathie. Marcel Aymé ».

Exemplaire enrichi d’une intéressante lettre autographe signée de Marcel Aymé à Charles Spaak, datée du 29 janvier 1947, évoquant Le Chemin des écoliers et le procès de Lucien Rebatet.

Villers-Robert, dans le Jura, village où Marcel Aymé passa son enfance, lui servit de modèle pour Claquebue, théâtre de cette chronique des moeurs rurales françaises au lendemain de la guerre de 1870. À travers les rivalités familiales, les passions, les querelles politiques et religieuses, Aymé compose une satire irrévérencieuse de la société provinciale du XIXe siècle.

Publié en juin 1933, La Jument verte reçut un accueil favorable de la critique. Une phrase de l’article que Ramon Fernandez lui consacra dans Marianne, dès le mois de juillet, fut notamment reprise pour sa promotion.

Adapté au cinéma par Claude Autant-Lara en 1959, La Jument verte provoqua un véritable scandale à sa sortie. Jugé obscène, le film fut interdit aux moins de 18 ans et frappé d’interdictions municipales, notamment en Corrèze. À Tours, où il est interdit aux moins de 21 ans, certaines projections se seraient même déroulées avec les lumières de la salle allumées !

Importante lettre autographe signée de Marcel Aymé à Charles Spaak, l’un des grands scénaristes du cinéma français des années 1930 à 1950.

Né à Bruxelles, fils du dramaturge Paul Spaak et frère de l’homme d’État Paul-Henri Spaak, Charles Spaak s’installa à Paris à la fin des années 1920. Il travailla notamment avec Jacques Feyder (Le Grand Jeu, La Kermesse héroïque), Julien Duvivier (La Belle Équipe), Jean Renoir (La Grande Illusion) et Jean Grémillon (Le Ciel est à vous). Il collabora ensuite avec André Cayatte à plusieurs films consacrés aux questions judiciaires et morales, notamment Justice est faite et Nous sommes tous des assassins.

Dans cette lettre du 29 janvier 1947, Marcel Aymé remercie chaleureusement Spaak de l’accueil réservé à son dernier roman, Le Chemin des écoliers, paru l’année précédente, et le remercie d’avoir passé outre les avis de ceux qui lui avaient déconseillé cette lecture. La lettre prend ensuite une dimension particulière lorsqu’Aymé évoque le procès de Lucien Rebatet, auteur des Décombres, condamné à mort en novembre 1946.

La correspondance entre les deux hommes s’inscrit dans une relation littéraire attestée par plusieurs exemplaires remarquables. On connaît notamment les exemplaires dédicacés de Travelingue (Piasa, bibliothèque François Mitterrand, lot 48) et du Chemin des écoliers (1946) et de deux autres ouvrages accompagnés de lettres autographes d’Aymé à Spaak : Le Passe-muraille et Le Vin de Paris.

Ces témoignages dispersés dessinent les contours d’une relation suivie entre le romancier et le scénariste, nourrie d’échanges littéraires et de préoccupations communes autour du cinéma et des événements de l’après-guerre.

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