Le Tour du malheur

La Fontaine Médicis - L'Affaire Bernan - Les Lauriers roses - L'Homme de plâtre.
Paris, Galllimard, 1950.
4 vol. (135 x 205 mm). Brochés.
Édition originale.

Un des 110 exemplaires sur vélin pur fil (n° 84) - après les 50 sur parcheminés teintés.

Son grand oeuvre. Il décrit la période allant de 1915 à 1930 où, quittant peu à peu son état de jeune réfugié inconnu, Kessel devint d’abord journaliste puis écrivain à succès. À travers le personnage de Richard Dalleau, il retrace son propre itinéraire : du garçon trop jeune pour aller au front, découvrant dans un hôtel luxueux de Nice transformé en hôpital les horreurs de la guerre, à l’homme accompli, menant de front ses carrières journalistique et littéraire.

« Le titre m’est venu aux environs de la trentaine : voilà, j’ai l’air d’avoir fait le tour du bonheur, et j’ai fait le tour de mon malheur parce que je sais que jamais, jamais je ne serai d’accord avec moi-même », déclare Kessel en 1974. Avant de préciser et confirmer la chronologie précédemment établie : « Quand Munich est arrivé, il ne fallait pas être devin, la guerre était là et j’ai senti que c’était vraiment une exigence essentielle d’écrire ce livre. J’ai eu peur de ne pas pouvoir l’écrire, on ne sait jamais ce qui peut arriver pendant une guerre. J’ai loué une petite maison dans l’Eure. J’avais écrit un livre et demi environ quand la guerre a éclaté […] Quand je suis revenu, j’ai fait des scénarios de cinéma, d’autres reportages. Je n’avais qu’une idée, reprendre ce livre. Dès que j’ai pu, je suis reparti pour une autre campagne, et là, dans un petit hôtel, sur la Marne, j’ai revu, avec le recul, les deux premiers livres, et j’ai continué. Cela m’a pris environ un an et demi. En 1948-49, le livre était terminé. Le Tour du malheur, c’est le livre auquel je tiens, de loin, le plus. » (Le Monde, 14 juin 1974).

Ce sentiment, Kessel l’exprimait déjà huit ans plus tôt, dans une lettre adressée à un journaliste, en mars 1966 : « Puisque vous avez le souci de me demander les titres des livres que j’estime les plus significatifs parmi ceux que j’ai écrits, les voici : L’Équipage, Les Captifs, Belle de Jour, Fortune Carrée, Le Tour du Malheur et Le Lion. Mais c’est Le Tour du Malheur que je préfère, seulement le défaut de ce roman est d’avoir quatre volumes… »

Cette lettre figure aujourd’hui dans l’exemplaire nominatif de Kessel (Alde, juin 2023, n° 204). Un récit que Kessel mit vingt ans à mûrir, et dix à écrire.

« Avant de s’embarquer, avec Druon, vers Londres, Kessel a enterré dans un jardin de la Côte d’Azur, voisin de la maison où il a vécu pendant les mois précédents, le manuscrit des deux premiers volumes du Tour du malheur. Ils gisent au fond d’un puits désaffecté, à Agay, une station balnéaire au pied de l’Estérel. Le troisième volume, en cours d’écriture, il le transporte avec lui, dans sa précieuse mallette de cuir. Il en a trouvé le titre, un jour récent de soleil et de joie, Les Lauriers roses. » (Bona, Les Partisans).

Kessel ne revient sur place qu’en 1946. Le miracle a lieu. Ils y sont toujours, intacts. Il reprend ses textes, bien décidé, cette fois, à clore cette épopée. Il regagne Paris, où il mène une vie de bohème dont il tente de s’isoler en s’installant en région parisienne. Il séjourne pendant une année à Mary-sur-Marne : dans le petit hôtel qui domine la place du village, à l’ombre de l’imposant château Marysien, une vaste demeure du XVIIIe siècle, Kessel occupe la chambre n° 3. Le tome IV terminé, il peut regagner Paris et la rue Quentin-Bauchart. Les corrections dureront plus d’un an, interrompues, une fois encore, par les reportages. Enfin, à la fin de l’année 1948, il peut confier à Gaston Gallimard le livre, celui auquel il tenait le plus, « le coeur battant et secret de sa vie » (Bona, op. cit.).

Très bel exemplaire.
De toute rareté dans une telle condition brochée.

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