Le Théâtre et son double
Signed presentation inscription: “à mes chers amis : Mr et Mme Bonnefoy. La magie curative du théâtre est de faire passer comme un défilé d'accusés tous les sentiments condamnables du moi, et de les exposer dans les agencements d'une vérité telle et sous un tel soleil de crédibilité que le moi de tout spectateur en sente éclater les passions de non être (sans être ni mu ni touché) mais beaucoup mieux que s'il les vivait. C'est ce que j'ai voulu dans ce livre dire de l'Anabella de Foro et dans le fil Animal Crackers de la femme qui se renverse. Ce sont des sentiments d'érotisme et d'inceste non conseillés mais neutralisés et qui ne peuvent plus après le théâtre que nous repousser dans la réalité. Mais les avoir vus être et exister sur la scène, faits devant nous à nos lieux et places n'est pas tout ce qui nous en peut détourner. Avant les trépignements de la marée des passions, le théâtre saisit une aura que notre inconscient personnel ignore et qui est comme la terre où semer la passion. La terre inerte où rêve ce qui lève du refoulement. Frapper, scander, lever tout ce qui sera l'âme, c'est le poème dit par tous les vrais acteurs, quand un poète inné leur donne la matière, dont l'anarchie, le crime, l'érotisme, la guerre sont tous les accusés. Antonin Artaud”
Presentation copy inscribed to his friend Jacques Bonnefoy, procureur de la République.
“Art is not the imitation of life, but life is the imitation of a transcendent principle with which Art puts us back in communication.” Published in 1938, Le Théâtre et son double presents itself as a continuation of this quest for pure art. In a letter to Paulhan in January 1936, Artaud explained the choice of this title with the following assertion: “if theater doubles life, life doubles true theater.”
Throughout his career as a director, Artaud had always sought to disorient the spectator in order to force a confrontation with the innermost, primordial self. It was in January 1936 that Artaud submitted to Jean Paulhan the texts intended to form an essay on theater, in which he developed, in two celebrated manifestos, his concept of the “theater of cruelty.” These texts were first gathered and published in 1938, in only 400 copies, before this second edition, issued less than a month before the Allied landings in Normandy. Artaud himself had reached the free zone thanks to the dedicatee of this copy, Jacques Bonnefoy. Bonnefoy, a procureur de la République, had enabled him to leave Paris by providing him with false papers so that he would not be troubled by the occupying authorities. An extensive correspondence between the two men subsequently developed, from Rodez.
A very fine copy.
From the library of I.B. & G.L. (Binoche, 2007, no. 17).

