Mort de quelqu’un

Paris, Eugène Figuière, (12 mai) 1911.
1 vol. (120 x 185 mm) de 240 et [1] p., 1 f. Demi-maroquin havane à coins, filets dorés sur les plats, dos à nerfs, titre doré, date en pied, tête dorée, couvertures et dos conservées (reliure signée de Duhayon).
Édition originale.

Un des 15 premiers exemplaires sur Hollande (n° 13), seul grand papier.

Jules Romains ne cherche pas à raconter une destinée exceptionnelle. Il choisit au contraire un homme aussi anonyme et ordinaire que possible – Jacques Godard – pour déplacer le centre du roman : le véritable personnage n’est plus l’individu, mais le groupe qui se forme autour de lui, livrant moins un roman qu’une sorte d’« épopée psychologique » consacrée à la circulation d’une même idée dans une multitude de consciences, un « récit génialement banal et d’une humanité qui ne peut périr », pour citer la formule admirable de René Arcos. Stefan Zweig fut également de ceux qui saluèrent particulièrement le livre.

Lorsqu’il entreprend vingt ans plus tard l’immense construction des Hommes de bonne volonté – 27 volumes publiés de 1932 à 1946 – Jules Romains retrouve le même problème : comment raconter une société sans placer artificiellement un individu unique au centre de tout ? Il reviendra alors explicitement à son roman de 1911 : « Un de mes soucis les plus anciens et les plus constants [fut] de chercher un mode de composition qui nous permît d’échapper à nos habitudes de vision centrée sur l’individu […]. Dès 1911, je publiais Mort de quelqu’un qui, pour ne parler que de la technique, présentait, je crois, une première solution du problème et ouvrait la porte à d’autres. »

Il est rare qu’un livre de jeunesse permette de voir aussi nettement un écrivain inventer la forme dont il aura besoin vingt ans plus tard pour son oeuvre majeure. En 1911, Romains part de presque rien : la mort d’un obscur retraité. Mais en refusant de donner à cet homme le rôle traditionnel du héros, il déplace le centre du roman vers tous ceux que sa disparition met fugitivement en relation ; le paradoxe est magnifique : pour montrer comment un groupe prend vie, Romains commence par faire mourir son personnage principal.

Rare tirage de tête, limité à 15 exemplaires.
Dos légèrement passé.

#25895
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