Les Possédés

Paris, Editions Bossard 1925.
3 vol. (120 x 180 mm) de 341, 413 et 420 pp. Brochés.
Première édition de la traduction de Jean Chuzeville, donnée comme « seule édition intégrale et conforme au texte russe ».

Un des 50 exemplaires sur vélin pur fil (n° 27).

Publié en Russie en feuilleton entre 1871 et 1872, Les Démons – futurs Possédés – est sans doute le plus directement politique des grands romans de Dostoïevski.

Sa genèse s’inscrit dans les années d’exil européen de l’écrivain. De 1867 à 1871, accablé de dettes et poursuivi par ses créanciers, Dostoïevski quitte la Russie avec sa jeune épouse Anna et séjourne successivement en Allemagne, en Suisse et en Italie. À Genève, en septembre 1867, il assiste aux séances du Congrès de la paix et de la liberté, où se croisent quelques-unes des grandes figures politiques et intellectuelles européennes. L’expérience le révulse. Dostoïevski croit y voir l’expression de ce qu’il déteste dans une certaine intelligentsia occidentale : internationalisme abstrait, négation des patries, matérialisme et confiance absolue dans le progrès politique. C’est alors qu’un événement russe va donner à ces inquiétudes la matière dramatique du roman : l’affaire Netchaïev.

En novembre 1869, le révolutionnaire Sergueï Netchaïev fait assassiner à Moscou l’étudiant Ivan Ivanov, membre de son propre groupe clandestin, qu’il soupçonne de vouloir s’en détacher.L’affaire fascine et horrifie Dostoïevski, qui y voit la réalisation concrète de ce qu’il pressentait : une idéologie qui, poussée jusqu’à ses dernières conséquences, finit par autoriser le mensonge, la manipulation et le meurtre au nom d’un avenir abstrait.

L’événement fournit l’une des matrices des Possédés, qui devient ainsi simultanément satire politique, tragédie métaphysique et extraordinaire étude des mécanismes de radicalisation ; un texte que Camus découvrira très jeune, probablement dans cette édition. En 1955, il confie :« J’ai rencontré cette oeuvre à vingt ans et l’ébranlement que j’en ai reçu dure encore, après vingt autres années. » Ce n’est pas un hasard si il choisira finalement Les Possédés pour l’une de ses entreprises théâtrales les plus ambitieuses. Son adaptation, créée en 1959, transpose sur scène cette interrogation qui traversait déjà L’Homme révolté : à partir de quel moment la révolte, prétendant libérer l’homme, finit-elle par justifier sa destruction ?

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