Lettre autographe à Roger Nimier

Sans lieu, 16 mars 1955.
1 page en 1 f. (210 x 270 mm) sur papier Savoyeux, rédigée au stylo bille bleu.
Belle lettre à Roger Nimier, écrite treize jours après l'élection de Cocteau à l'Académie française, dans laquelle il plaisante sur son nouveau « fauteuil » et, plus sombrement, sur sa propre disparition.

Le 3 mars 1955, Jean Cocteau est élu à l’Académie française. Il succède, au fauteuil 31, à Jérôme Tharaud et obtient dès le premier tour 17 voix contre 11 à Jérôme Carcopino. Cocteau sera officiellement reçu sous la Coupole par André Maurois le 20 octobre suivant.

Treize jours seulement après son élection, il écrit à Roger Nimier, et transforme immédiatement l’institution en jeu de mots :

« Je ne suis pas solide et je crois que mon fauteuil sera très vite libre. Du reste on aurait dû me donner un vrai fauteuil. Je dormirai un peu ».

Le fauteuil académique, rendu vacant par la mort de son occupant, devient sous sa plume un véritable fauteuil dans lequel le nouvel Immortel pourrait s’endormir. Mais la plaisanterie est noire, car Cocteau sort alors d’une période physiquement difficile. Victime d’un infarctus en 1954, il a été hospitalisé puis convalescent. Le 2 janvier 1955 encore, écrivant à Sartre après son séjour en clinique, il se dit enfin sorti de cette période et cherche à retrouver ses amis. Et lorsqu’il imagine déjà son fauteuil académique « très vite libre », l’humour de Cocteau repose sur une réalité dont il vient de faire personnellement l’expérience : un fauteuil à l’Académie ne devient libre que par la mort de celui qui l’occupe ; une préoccupation qui le poursuivra jusqu’à sa réception puisque, sept mois plus tard, le 20 octobre 1955, lors de son discours de réception à l’Académie, Cocteau reviendra précisément à cette succession des morts qui occupent puis libèrent un fauteuil.

Roger Nimier est alors l’une des figures les plus brillantes de la jeune littérature française. Romancier du Hussard bleu, critique et chroniqueur, bientôt associé aux « Hussards », il appartient à cette génération d’écrivains que Cocteau observe avec intérêt et avec laquelle il entretient une correspondance amicale.

Une autre lettre de Cocteau à Nimier, datée du 30 octobre 1954, louait déjà avec enthousiasme un texte de ce dernier : « On ne dessine pas mieux dans l’écriture. Grande joie de vous lire, grande joie de vous l’écrire ».

#31922
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