Quatre frontispices gravés d'après les dessins de Moreau le Jeune.
La traduction des Géorgiques, publiée en 1770, avait établi la réputation de Jacques Delille et décidé de sa carrière. Elle lui avait ouvert les portes du Collège de France, puis de l’Académie française, et fait de lui le plus célèbre traducteur en vers de son temps. Plus de trente années après ce premier triomphe virgilien, Delille revient au poète latin avec une entreprise autrement considérable : donner en vers français les douze chants de L’Énéide, en alexandrins rimés.
Pendant une grande partie du XIXe siècle, l’Énéide de Delille fut l’une des traductions françaises les plus lues de Virgile, constamment rééditée et longtemps considérée comme un modèle d’éloquence poétique. Elle occupe, dans l’histoire de la traduction en France, une place comparable à celles du Paradis perdu par Chateaubriand et de l’Iliade par Leconte de Lisle.
Les quatre frontispices gravés d’après Moreau le Jeune accompagnent heureusement cette interprétation néoclassique de l’épopée.
L’exemplaire est surtout remarquable par sa reliure en maroquin citron, signée de François-Ambroise Mairet. Relieur, doreur et imprimeur lithographe, Mairet fut établi à Dijon au début du XIXe siècle. Les bibliophiles contemporains tenaient son travail en haute estime : il fut décrit comme un émule des meilleurs praticiens parisiens, tandis que Gabriel Peignot le rangeait parmi les relieurs distingués de son temps. Mairet joua également un rôle important dans les débuts de la lithographie en Bourgogne. Il publia en 1818 une Notice sur la lithographie, dont la seconde édition, en 1824, fut augmentée d’un Essai sur la reliure et le blanchiment des livres et gravures. Ce traité, nourri de sa propre pratique, devait être fréquemment repris et cité par les manuels techniques du XIXe siècle.
L’exemplaire porte l’ex-libris de la bibliothèque du château de Montmoyen, situé en Côte-d’Or, à une soixantaine de kilomètres de Dijon. La réunion de cet ex-libris et de la signature du relieur permet de rattacher cette élégante reliure à une commande destinée à la bibliothèque du château.
Bel exemplaire.



