OEuvres priapiques
Elle est constituée d'un recueil in-folio en feuilles de 31 eaux-fortes, dessinées et gravées par Dominique-Vivant Denon, en épreuves sur papier vergé, à toutes grandes marges.
La bibliographie fait remonter la première réunion de ces compositions à 1793 : sous le titre d’OEuvre priapique, un ensemble de 23 eaux-fortes aurait alors été publié clandestinement à Paris par N.-C. Aubourg, hôtel Bullion, rue Jean-Jacques-Rousseau. L’entreprise était pour le moins téméraire : en pleine Terreur, alors que la morale publique devenait affaire politique, la diffusion d’un recueil aussi ouvertement licencieux pouvait exposer son auteur comme son éditeur.
Ce premier tirage est aujourd’hui d’une insigne rareté, et sa composition exacte demeure difficile à établir. Denon avait gravé plusieurs de ces planches dès les années 1780 ; certaines sont datées de 1787, d’autres des premières années de la Révolution. La série fut ensuite portée à 31 sujets, état sous lequel elle est connue grâce aux retirages effectués, près d’un siècle plus tard, à partir des cuivres originaux.
Le libraire-éditeur Auguste Barraud avait en effet acquis une partie importante des matrices de Denon. Il les utilisa vers 1872-1873 pour publier L’OEuvre originale de Vivant Denon, vaste réunion de son oeuvre gravée, dans laquelle les compositions priapiques furent enfin rendues accessibles aux amateurs. Des tirages séparés de la suite circulèrent également à petit nombre et, souvent, sous des adresses volontairement imprécises.
L’ensemble révèle une facette inattendue de celui qui deviendra le dessinateur de l’expédition d’Égypte, puis le premier directeur du Musée Napoléon. Denon y retrouve la liberté de ton du XVIIIe siècle finissant, celle du conte libertin, de la caricature et de l’estampe de cabinet. L’érotisme y est moins galant que burlesque : dieux antiques, satyres, religieuses, couples orientaux et personnifications sexuelles composent un théâtre où le grotesque le dispute à la fantaisie archéologique.
La célèbre planche du Phallus phénoménal, entouré de minuscules personnages affairés, détourne plaisamment le motif de Gulliver échoué parmi les habitants de Lilliput. Celle du Roi Phallus malade transforme quant à elle le corps masculin en souverain déchu, recevant médecins et courtisans.
La provenance de Louis Perceau donne à l’exemplaire un intérêt supplémentaire. Bibliographe, écrivain et grand connaisseur de la littérature clandestine, Perceau fut, avec Guillaume Apollinaire et Fernand Fleuret, l’un des auteurs de L’Enfer de la Bibliothèque nationale. Sa bibliothèque rassemblait les principaux textes et documents de l’histoire de l’érotisme imprimé. La présence de cette suite de Denon dans ses collections est donc particulièrement significative.
Très bel exemplaire, réunissant l’intégralité des 31 eaux-fortes, et dans un remarquable état de conservation.
De la bibliothèque de Louis Perceau.
Cohen-de Ricci, col. 285 ; Gay-Lemonnyer, III, col. 451.




