Rue des boutiques obscures
Pris Goncourt 1978. Il aura fallu attendre le sixième roman de celui que Queneau avait très tôt signalé comme « l’écrivain le plus doué de sa génération » pour que le jury du Goncourt décide de couronner non seulement un livre mais une oeuvre en gestation. Rare privilège : en 1978, les Dix consacrent Modiano dans sa globalité, reconnaissant déjà dans sa quête obstinée un travail de mémoire sur « cette période trouble et honteuse » de l’Occupation qui hante toute son écriture.
Rue des boutiques obscures marque un point de bascule : roman d’enquête où un détective privé amnésique recherche sa propre identité, il s’avance comme une parabole sur le vide et les bribes de mémoire qui constituent l’existence humaine. Bertrand Poirot-Delpech en soulignait la réussite, dans Le Monde (8 septembre 1978), parlant d’« un dépouillement maximum pour une signification maximum », où le rapport apparemment neutre du détective prend la force d’une méditation kafkaïenne sur le néant de nos traces.
Trente-cinq ans plus tard, le Nobel de littérature consacrera ce même « art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation ». Entre-temps, Rue des boutiques obscures s’est imposé comme l’un des textes les plus nécessaires de Modiano, sinon le plus emblématique.
Rare exemplaires des épreuves, diffusées avant la publication commerciale.
