Le Latin mystique

Les poètes de l'antiphonaire et la symbolique au Moyen Âge
Paris, Mercure de France, (20 septembre) 1892.
1 vol. (160 x 250 mm) de XVI, 378 p. et [1] f. Bradel vélin dont les plats et le dos sont décorés d'un extrait de notation grégorienne, pièce de titre de basane rouge, couverture et dos conservés.
Édition originale.

Préface de J.-K. Huysmans. Miniature de Charles Filiger sur la couverture, peintre mystique que l'auteur et Alfred Jarry sollicitèrent pour leur Ymagier.

Un des 190 exemplaires sur papier teinté, numéroté et signé par l'auteur (n° 85).

Le Latin mystique est l’un des grands livres de Remy de Gourmont, et l’un des plus singuliers monuments de la sensibilité symboliste et décadente.

Le livre paraît en 1892, au Mercure de France, avec une préface de J.-K. Huysmans, en hommage au chapitre de À rebours (1884) où la langue classique de Virgile et de Cicéron est nettement dévalorisée pour mettre en avant des auteurs jugés mineurs de la latinité tardive. Noël Arnaud l’a justement résumé : Le Latin mystique, c’est « huit cents ans de poésie latine méconnue », que Gourmont arrache à l’ignorance et au mépris dogmatique. Après Virgil et Cicéron, il révèle une autre continuité : celle d’une langue fécondée par la foi, la ferveur et l’extase : les hymnes, les antiennes, les séquences, le Stabat Mater, les textes de saint Bernard, d’Hildegarde ou de Jacopone y deviennent autant de manifestations d’une poésie spirituelle intensément vivante qui devient ainsi, sous sa plume, un miroir paradoxal de la fin de siècle.

Le Latin mystique fut une révélation pour Léon Bloy et Blaise Cendrars, où la matérialité de l’édition participe elle-même de l’esthétique : le tirage fut conçu comme un objet de bibliophilie presque liturgique, avec des papiers choisis aux noms savoureusement ecclésiastiques : Japon pourpre cardinalice, Japon violet-évêque ; des termes dont Gourmont s’amusait dans une lettre à Émile Barbé, expliquant qu’il avait fait fabriquer un papier « couleur des bas de Monseigneur » et songeant déjà à un papyrus « nuance des jarretières cardinales ».

L’exemplaire est ici magnifiquement servi par sa reliure d’époque en vélin décoré de chants grégoriens, prolongeant l’idée et l’esprit d’un objet monastique.

Titre rare en édition originale. La réédition de 1913 paraîtra sans la préface, du fait d’une brouille entre les deux écrivains.

Exemplaire de choix.

#32300
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