Avec cette note autographe de l'auteur : « Courage à tous. V. H. ».
À la demande et sous la conduite de l’économiste Adolphe Blanqui, qui vient de publier une terrible enquête sur les classes ouvrières en 1848, Victor Hugo, accompagné de médecins et de quelques autres « autorités », se rend en février 1851 à Lille, afin de constater sur place les terribles conditions de logement des ouvriers de l’industrie textile. Il est horrifié par ce qu’il découvre : chaque famille vit et travaille à domicile dans des conditions épouvantables, entassée dans des caves insalubres. À son retour, Hugo rédige pour l’Assemblée un discours, relatant avec force détails sa visite, citant « les premiers faits venus, ceux que le hasard nous a donnés dans une visite qui n’a duré que quelques heures. Ces faits ont au plus haut degré tout le caractère d’une moyenne. Ils sont horribles ». Ce discours, il ne le prononcera pas : le coup d’État de Louis Bonaparte le 2 décembre 1851 ne lui en laissera pas le temps. Menacé, Hugo s’exile à Bruxelles, puis dans les îles anglo-normandes où, par son travail d’organisation et par ses écrits, il devient l’un des principaux protagonistes de l’opposition au régime : d’abord avec Napoléon le petit, en 1852, puis avec les Châtiments, en 1853. L’une des sections qui compose le recueil – cette « Joyeuse vie » se nourrit de la visite à Lille de février 1851 :
« Millions ! millions ! châteaux ! liste civile !
Un jour je descendis dans les caves de Lille ;
Je vis ce morne enfer »
qu’il compose en décembre 1852. Elle composera l’un des quatre tirés à part des Châtiments, publiés en extraits non expurgés par son imprimeur belge, Samuel. Ce dernier, le 13 décembre, lui écrit : « J’ai dû faire faire en toute hâte deux extraits, l’un que vous avez déjà, l’autre que je vous envoie ici, L’Expiation […] Maintenant, je fais les pièces que vous m’avez indiquées ; je vous en enverrai épreuve… J’ai tiré quatre mille extraits des deux premières – deux mille de chaque pièce. »
Il semble que les deux dernières ne connurent pas le même tirage, et furent imprimées à un nombre bien moindre d’exemplaires. A l’Obéissance passive notamment : la précipitation de la composition de ce dernier tiré à part et sa non diffusion sont d’ailleurs confirmées par le caractère inachevé de la page de titre : à la différence des trois autres, elle ne contient ni le titre général des Châtiments, ni le nom de l’auteur et encore moins la préface introductive. C’est également la seule à être datée de 1853. Les trois autres le sont, de novembre et décembre 1852.
Rare exemplaire avec note autographe signée, destinée à un collectif non identifié d’exilés.

