Jean-des-figues
Envoi signé : « à mon ennemi politique et confrère en poésie ! J. Allard, son Paul Arène ».
Ce recueil de contes provençaux, le meilleur de l’auteur, est souvent comparé aux Contes du lundi de son ami d’enfance, auquel d’ailleurs le recueil est dédié : Alphonse Daudet. La proximité avec ce dernier est ici essentielle, mais elle demande à être formulée avec justesse. Arène fut bien l’ami proche et le collaborateur de Daudet ; les deux écrivains publièrent ensemble, sous le pseudonyme Marie-Gaston, plusieurs contes dans L’Événement en 1866. Surtout, la collaboration de Paul Arène aux débuts des Lettres de mon moulin est tenue pour certaine, même si son étendue exacte demeure débattue par les spécialistes faute de manuscrits décisifs – hormis pour « La Chèvre de monsieur Seguin », dont il existe un manuscrit corrigé par Arène.
Jean-des-figues appartient évidemment à cette même veine méridionale où Arène transpose sa Provence natale en littérature et s’attache à un jeune Provençal monté à Paris.
L’exemplaire est offert à Jules Allard, père de Julia Allard, future Mme Alphonse Daudet. La dédicace prend d’autant plus de relief que Jules Allard ne fut pas un simple parent d’écrivain, mais une personnalité singulière : industriel parisien d’origine bretonne, homme d’idées avancées, c’était un « bleu », emprisonné pour s’être joint à la conjuration Barbès et pour des impressions clandestines du Moniteur républicain, qui lui valurent six mois de prison à Sainte-Pélagie. Il appartient à une génération de républicains lettrés pour qui l’engagement politique n’excluait nullement le goût des vers. Avec sa femme Léonide, il publia d’ailleurs un recueil poétique, Les Marges de la vie, et donna ainsi à sa fille Julia l’exemple d’un foyer où la littérature se pratiquait en famille. Alphonse Daudet dédiera à ses beaux-parents sur premier grand roman, Fromont jeune et Risler aîné (1874) : « Aux deux poètes Jules et Léonide Allard, témoignage de mon affection et de mon respect filial. » Plus tard, Lucien Daudet évoquera son grand-père comme un homme de conversation et de poésie, tandis qu’Alphonse lui-même le tenait, selon son fils, pour « son meilleur ami ».
Le plaisant « ennemi politique » de l’envoi d’Arène prend dès lors tout son sel : il ne désigne pas une hostilité, mais un compagnon de lettres avec lequel les nuances d’opinion pouvaient encore se dire sur le ton de la malice, et sur fond d’un profond respect.


