Le premier accroc coûte deux cents francs

Paris, Denoël, (25 mars) 1945.
1 vol. (115 x 180 mm) de 417 p. et [1] f. Bradel demi-maroquin bleu, dos orné d'un décor mosaïqué en pied, titre doré, date en pied, tête dorée, couvertures et dos conservés (reliure signée de Devauchelle).
Édition originale.

Un des 320 premiers exemplaires sur pur fil — seul grand papier (n° 128).

Prix Goncourt 1944 (décerné le 14 décembre 1945). À travers quatre récits, dont deux consacrés à la Résistance (Les Amants d’Avignon et ce Le premier accroc coûte deux cents francs), Elsa Triolet donna la première oeuvre couronnée par le Goncourt à une femme. Certaines nouvelles avaient déjà circulé clandestinement aux Éditions de Minuit dès 1943.

Le vote, acquis au second tour par cinq voix (Carco, Dorgelès, Larguier, Colette, Rosny jeune) contre deux (Descaves et Billy, en faveur de Roger Peyrefitte), prit un relief politique. Dans l’après-guerre, alors que l’Académie devait laver les compromissions de certains de ses membres, ce choix fut perçu comme une manière de se « racheter ». Commentaire de Léautaud : « Les Goncourt ont fait coup triple : la dame Triolet est russe, juive et communiste. C’est un prix cousu de fil rouge » ! Elsa Triolet, compagne d’Aragon, demeura à distance de ces polémiques : elle rappela simplement que ses textes de Résistance avaient déjà touché les lecteurs avertis. La consécration publique ne fit que prolonger ce retentissement.

L’année 1945, marquée par l’instauration du suffrage féminin, donna aussi un écho symbolique à cette première femme lauréate du Goncourt. Rappelons que les femmes ont obtenu le droit de vote en France par l’ordonnance du 21 avril 1944, signée à Alger par le Gouvernement provisoire de de Gaulle, et qu’elle purent voter pour la première fois aux élections municipales du 29 avril 1945, puis aux législatives d’octobre 1945.

Bel exemplaire, fort bien établi.

#31981
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