Le Chasseur Zéro
Un des 20 exemplaires sur vergé de Hollande, réservés aux membres de l'Académie Goncourt (n° 8) - après 10 nominatifs sur Marais,
Le prix Goncourt 1996 surprend : il couronne un premier roman, celui de Pascale Roze, alors inconnue, choix qui fut salué pour son indépendance mais vivement débattu dans le monde littéraire, et autant qu’il le fut à la table de Drouant. François Nourrissier pour sa première année de présidence de l’Académie Goncourt, octroie sa double voix dès le troisième tour, face à Eduardo Manet et sa Rhapsodie cubaine. Roman de l’obsession, Le Chasseur Zéro s’ouvre sur un souvenir traumatique : le vrombissement d’un avion kamikaze, un Mitsubishi Zero, qui s’écrase en avril 1945 sur le porte-avions Maryland au large d’Okinawa. Le père de l’héroïne y meurt, et ce bruit sourd, fantomatique, hante sa fille toute sa vie, marquant d’une empreinte invisible les générations suivantes.
Lors de sa parution, le roman passa inaperçu : Pascale Roze elle-même confia, le 11 novembre, à Claude Cherki, PDG d’Albin Michel, son désarroi après la foire du livre de Brive où, en trois jours, elle n’avait signé que quatre exemplaires de son livre – tandis que Cavanna, installé à côté, ne cessait de dédicacer. Le lendemain, le Goncourt changeait son destin. C’était la fin d’années de galère où ses manuscrits étaient refusés, où elle vivait tantôt du chômage des intermittents du spectacle, tantôt de son métier d’actrice : Le Chasseur Zéro connut un destin fulgurant et plus de 300 000 exemplaires furent vendus à la suite du prix, une reconnaissance soudaine et un passage brutal de l’ombre à la lumière.
Avec ce livre, Albin Michel obtient un second Goncourt en trois ans, après Un aller simple de Didier Van Cauwelaert (1994) : pour l’occasion, un tirage confidentiel à 20 exemplaires est réalisé, en plus de dix exemplaires pour les membres du jury Goncourt.

