Pareils à des enfants…
Un des exemplaires imprimés du service de presse (pas de grands papiers).
Envoi signé : « à Madame la Comtesse de Chambrun, en très respectueux hommage, Marc Bernard ».
Montés en tête : une photographie originale de l’auteur par Izis (tampon au verso), un fragment manuscrit du roman (2 pages sur 1 feuillet), le prière d’insérer. Longue note manuscrite à la première et à la dernière garde signée J. L. (Josée Laval? voir notice ci-dessous).
Prix Goncourt 1942. Le 20 décembre, dans un Paris occupé et affamé, l’Académie Goncourt décerna son prix à Marc Bernard par 7 voix contre 1 à Germaine Beaumont et 1 à Lucien Rebatet. L’auteur apprit la nouvelle à la radio depuis sa province : pour des raisons de sécurité, il ne se rendit pas à Paris, mais l’argent du prix lui permit de sauver sa famille du dénuement. Le roman, faiblement tiré en édition originale, est épuisé en quelques jours.
À travers le récit de Léonard, dit Nanay, enfant des quartiers populaires de Nîmes au début du XXᵉ siècle, Marc Bernard livre une fresque autobiographique et initiatique : séparation des parents, misère, apprentissage chez un cordonnier, découvertes sensuelles et tragédies intimes. Dans cette enfance rude mais jamais désespérée, transparaît un hymne à la dignité des humbles, écrit dans une langue simple et lumineuse. Un excellent 38ᵉ prix Goncourt, attribué dans un contexte marqué par la censure et la guerre, et qui demeure un Goncourt singulier : sans allusion directe au conflit en cours, mais profondément nourri par la mémoire populaire et la fraternité des humbles.
Exemplaire unique, véritable dossier d’auteur, enrichi de pièces rares (photo d’Izis, fragment manuscrit, prière d’insérer, note autographe), offert à la comtesse Clara Longworth de Chambrun. Américaine d’origine, docteur de la Sorbonne et lauréate de l’Académie française, fondatrice de l’American Library à Paris – elle en fut l’administratrice de 1921 à 1924 – fut l’une des grandes figures culturelles de l’entre-deux-guerres et de l’Occupation. Son mari, le général Aldebert de Chambrun, dirigeait l’Hôpital américain de Neuilly, qui servit de couverture à l’une des principales filières d’évasion d’aviateurs alliés, tandis que le mariage de leur fils avec Josée Laval, la fille de Pierre Laval, permit de maintenir l’American Library à Paris ouverte, même après la déclaration de guerre de la France en septembre 1939. Elle en reprend la direction jusqu’à l’automne 1944, mettant en place une structure administrative qui permettra de préserver son indépendance après l’entrée en guerre des États-Unis.
Un témoignage important sur l’un des prix Goncourt les plus oubliés et pourtant les plus émouvants.






