Paris, Gallimard, (octobre) 2025.
1 vol. (195 x 250 mm) de 164 p. et [2] f. Reliure et coffret illustrés de l'éditeur.
Édition orginale illustrée par F. Schuiten.

Un des 100 premiers exemplaires sur Gardapat Bianka, avec un tirage d'une illustration sur papier Hahnemühle, justifié et signé par l'artiste (n° 65).

Magnifique éloge de la fuite et de la lenteur, initialement publié en 2016, le récit de Sylvain Tesson est un cheminement pédestre et littéraire qu’il décide de réaliser un bon matin : « après un accident (une chute d’un toit), je devais faire de la rééducation. C’est le mot qu’emploient les médecins pour signifier la reconquête de ses forces. Aller à pied du Mercantour au Cotentin me semblait une idée acceptable. En outre, je trouvais que c’était un peu absurde d’avoir passé tant de temps en Sibérie et au Tibet sans connaître L’Indre-et-Loire (…). Je ne souhaite ni délivrer un message ni signaler quoi que ce soit. Je me contente de montrer que le territoire français dispose encore d’un réseau de sentes oubliées et de chemins de silence où l’on peut rencontrer des bêtes, des fantômes, la trace d’un passé somptueux et des points de vue sublimes. Pour cela, il suffit d’une carte au 25:000 et d’une paire de godillots ».

Éloge de la fuite vraiment ? Pas tout à fait, à écouter son auteur : « fuir, c’est aller sur des chemins qu’on s’est choisi soi-même. Et le fait de se savoir responsable de la direction que l’on prend est une preuve que la direction est bonne. C’est une vieille idée, un vieux penchant que cette envie de se tenir dans la coulisse. Diogène, dans son tonneau, et Syméon, sur sa colonne, poursuivaient la même chose. Parfois il est vital de se tenir derrière l’orée du monde. Et puis fuir devient une urgence. Rendez-vous compte que près de 70 % de la population mondiale vivra dans les villes en 2050. Marcher dans la nature nous offre l’occasion de pratiquer l’un des plus beaux et des plus difficiles exercices de l’existence : celui d’être autonome (…). Le fait de savoir parfaitement ce qu’il me faut et ce qui est nécessaire à ma vitalité, corrige ma noirceur intérieure ».

Très belle mise en image de François Schuitten : le dessinateur belge, qui a abandonné la bande dessinée en 2019, a exceptionnellement accepté de reprendre le crayon et livre ici une imagerie digne de ses plus belles planches de Cités obscures, la série qui lui apporta la reconnaissance dans les années 1980, notamment avec les deux maître-albums que sont La Fièvre d’Urbicande et La Tour.

#32520
Retour