Jean Barois
Un des 30 premiers exemplaires réimposés sur vergé d'Arches (n° 18) - seul tirage en grand papier.
Celui-ci est imprimé à la date du 6 janvier 1914 (soit deux mois après l'édition ordinaire datée de 3 novembre 1913).
Roger Martin du Gard raconte : « j’ai écrit ce livre en trois ans, trois ans de recueillement et presque de solitude ; rien n’est plus réconfortant pour moi que de voir mes pensées et mes émotions de solitaire avoir en mes contemporains la résonance que vous me signalez vous-même », et d’ajouter : « Autant je reste distant des articles que les critiques de profession ont mécaniquement produits sur mon livre, autant je puis être très ému par un témoignage comme le vôtre, que rien ne motivait, qui ne peut être que l’impression sincère d’un inconnu qui sympathise (…). On m’a reproché aussi d’avoir opposé à Barois vieillissant un prêtre dont la foi vacille ; mais il me semble au contraire que cette figure de l’abbé Levys est très belle, même pour un catholique ; et j’ai voulu que la conversion de Barois consolide cette croyance ébranlée ; je n’y ai pas mis à la moindre ironie, je vous assure. Et c’est bien mal me comprendre que de l’avoir cru ».
Après un premier roman, Devenir ! et une nouvelle, L’Une de Nous, publiés à compte d’auteur chez Bernard Grasset, Roger Martin du Gard met la touche finale au futur Jean Barois. Mais le roman, dans lequel le héros éponyme défend la libre-pensée, est refusé par Grasset, choqué par la forme résolument moderne de ce roman-dialogué qu’il qualifiait de « dossier ». Roger Martin du Gard rencontre alors Gaston Gallimard, un vieux camarade d’études, et lui remet le manuscrit refusé. En novembre, l’auteur débutant, invité à la NRF, voit entrer « un homme qui se glisse à la façon d’un clochard, avec un chapeau bosselé, comme un vieil acteur famélique… au masque de Mongol » : André Gide. Ce dernier, qui eût le coup de foudre dès les premières feuilles, envoya une lettre dithyrambique à Gallimard : « […] celui qui a écrit cela peut n’être pas un artiste, mais c’est un gaillard ! il faut publier cela ». Le gaillard entrait donc, et pour longtemps, dans le cercle de la NRF où il allait se lier des amitiés durables, dont Gide, Schlumberger et Copeau formeront le noyau central.
Un des titres rares et importants des éditions de La Nouvelle Revue Française naissantes.
Très bel exemplaire, très bien établi par Semet et Plumelle. Ces derniers avaient relié un autre exemplaire réimposé (le n° 27), avec un décor approchant.



