Précocité de Valéry
Un des 26 premiers exemplaires sur vélin de Hollande, celui-ci hors commerce et nominatif pour Madame Paul Valéry.
Envoi signé : « Quel admirable destin, chère Madame ! filleule de Mallarmé, Monet, Degas, Renoir, épouse de Valéry et - secrètement - si grande vous-même, et, à chaque moment, parfaite. H. Mondor, Noël 1957 ».
Chirurgien de premier plan et académicien, Henri Mondor fut aussi l’un des meilleurs lecteurs de Valéry ; cet essai, très renseigné, condense ses travaux sur la formation du poète et éclaire, textes et documents à l’appui, les manifestations précoces du « laboratoire » du poète, auxquels la critique renvoie encore comme synthèse fiable.
Exemplaire de tout premier intérêt par sa destination, puisqu’il est offert à Madame Paul Valéry, née Jeannie Gobillard, nièce de Berthe Morisot. La jeune femme, pianiste émérite, tente au même moment d’entrer au Conservatoire de Paris, qui n’accepte alors pas de femmes. Elle y parviendra finalement en 1899. Au moment de leur rencontre, Jeannie a 21 ans, et Paul Valéry 27. Sa rencontre avec le poète, déjà poète, la bouleverse : « Tandis que je jouais La Lune [la Sonate au clair de lune, de Beethoven], je sentais que j’étais écoutée avec amour. Il était dans le piano, pour ainsi dire, dans la queue du piano, me tournant à peu près le dos, mais j’y lisais son émoi ». Elle convient pour finir : « Nous étions le même instrument. Il suffisait de l’accorder ». Elle épouse Paul Valéry en 1900.



