Artine
René Char a ainsi recomposé un Artine complet, à partir de défets sur papier rose des pages [1], [2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [10], [11], [12], [13], [14], avec la correction autographe « Jésus-Christ » rajoutée, [16], [17] et [19], et celle de « 1930 » ; l’ensemble est contrecollé sur papier ; René Char a ensuite recomposé à la main les titres et textes des pages manquantes, soit la page de couverture ; la page de titre ; le texte de la page [9], de la page [15] et celui de la page [18].
On trouve, intercalé en page [3], un texte de 8 lignes demeuré entièrement inédit :
« L’étonnante végétation des neiges éternelles dissimulent mal dans ses branches les grands écriteaux noirs qui tentent à des heures diverses de l’existence de nous livrer les vérités inaccessibles. À l’approche du souffle une à une les lettres disparaissent. Est-ce une boucherie ? ».
Ce texte figure également, dans cette même version autographe, dans le manuscrit autographe d’Artine, qui sera offert à Paul Éluard – lequel rédigera, avec Breton, le prière d’insérer.
Paul Éluard et René Char se rencontrent à l’automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu’il était le Lamartine du Surréalisme, un « Lamartine sans lame » : le nom d’Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu’il est alors en train de préparer.
Ce sont les deux seules occurences de ce passage, dont on trouve une trace dans deux envois du poète :
« à Georges Hugnet. À l’approche du souffle une à une les lettres s’éclipsent. C’est une boucherie… »
« Pour José Delfau. Est-ce une boucherie ? Ces signaux fraternels, René Char, 29 décembre 1932 »
« À l’origine, indique Char, il y avait cette jeune fille brune venue pendant une absence de ma mère, se proposer comme servante, et qui disparut, laissant sur un papier son nom seulement, Lola Abba, nom que j’avais lu déjà en m’aidant d’une allumette, sur une croix, la nuit, au cimetière de l’Isle, dans le carré des indigents, mon ami Francis l’Élageur à mes côtés. Et je ne savais pas pourquoi il y avait, dans son apparition, dans sa disparition, le feu, la mort, la pluie fine, la vie contournante. » Ainsi Char expliquait-il par ces coïncidences, mannes d’or pour le surréaliste qu’il était alors, comment Artine était née. Femme rêvée ou plutôt de rêve éveillé, elle cheminera dans toute son oeuvre, puisqu’elle sera encore nommée dans Ralentir travaux, dans La Parole en archipel puis dans Sous ma casquette amarrante.





