Le Marteau sans maître

Suivi de Moulin premier
Paris, Librairie José Corti, (10 août) 1945.
1 vol. (145 x 230 mm) de 103 p, [1] et 1 f. Broché.
Édition en partie originale. Un des 50 exemplaires sur vélin du Marais (n° 36).

Picasso, qui avait beaucoup apprécié la première édition de ce texte (publié en 1934 avec une pointe sèche de Kandinsky) saisit l’occasion, pour cette deuxième édition, de réaliser une eau-forte pour ce recueil d’inspiration fortement surréaliste. Celle-ci présente un visage où cubisme et surréalisme se mêlent et se complètent parfaitement. (Cramer, n°42). Elle ne figure que dans les 25 exemplaires de tête sur Arches. Cette édition d’après-guerre est néanmoins intéressante pour son contenu, Char ayant modifié quelques poèmes et voulant célébrer, alors qu’il vient de donner Seuls demeurent et prépare l’édition des Feuillets d’Hypnos, ses « années en accompagnement » avec ses amis surréalistes – Éluard et Breton au premier rang.

Quelques jours après la parution, René Char est démobilisé. La guerre est finie, il sera temps d’honorer la Résistance : dès octobre, des extraits de Feuillets d’Hypnos paraissent dans la revue Fontaine, que lit Camus. Il demande à publier l’ouvrage dans sa collection Espoir. Pour René Char, c’est le début d’un autre chemin, détaché des années trente, mais pour lesquelles il gardera toujours une passion intacte. Pour cette édition, il fait ajouter un feuillet liminaire :

« Vers quelle mer enragée, ignorée même des poètes, pouvait bien s’en aller, aux environs de 1930, ce fleuve mal aperçu qui coulait dans des terres où les accords de la fertilité déjà se mouraient, où l’allégorie de l’horreur commençait à se concrétiser, ce fleuve radiant et énigmatique baptisé Marteau sans maître ? Vers l’hallucinante expérience de l’homme noué au Mal, de l’homme massacré et pourtant victorieux. La clef du Marteau sans maître tourne dans la réalité pressentie des années 1937-1944. Le premier rayon qu’elle délivre hésite entre l’imprécation du supplice et le magnifique amour. »

Exemplaire de la bibliothèque de René Char, qui a conservé le bandeau éditeur où figure la citation d’Héraclite qu’il a soulignée au crayon de couleurs rouge.

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