L’Envers et l’Endroit

Alger, Éditions Edmond Charlot, coll. « Méditerranéennes », (10 mai) 1937
1 vol. (205 x 156) de 66 p. et 1 f.n.ch. Broché.
Édition originale. Tirage limité à 385 exemplaires. Un des 325 exemplaires sur Hélio (n° 261). Envoi signé : « à Christian Thenier, avec la sympathie d'Albert Camus ».Montée en tête, la rare carte de visite « hommage de l'éditeur » d'Edmond Charlot.

OEuvre de la première heure, L’Envers et l’endroit est un recueil formé de cinq essais : L’Ironie, Entre oui et non, La Mort dans l’âme, Amour de vivre et L’Envers et l’endroit. Il est dédié à Jean Grenier, l’ancien professeur de philosophie d’Albert Camus au lycée d’Alger.

« La valeur de témoignage de ce petit livre est, pour moi, considérable. Je dis bien pour moi, car c’est devant moi qu’il témoigne, c’est de moi qu’il exige une fidélité dont je suis le seul à connaître la profondeur des difficultés » : un aveu confié par Camus, vingt ans plus tard, pour la préface de la réédition du texte aux éditions Gallimard. C’est dire toute l’importance de ce premier livre publié sous son nom propre – après l’essai « collectif » de Révolte dans les Asturies, la pièce rédigée et montée en 1936, déjà imprimée par les soins d’Edmond Charlot.

Ce dernier est alors un éditeur en devenir, qui souhaite réaliser pour ses ouvrages de la collection « Méditerranéennes» des tirages sur beaux papiers. Les textes publiés de la collection sont ornés de portraits ou d’illustrations, mais les deux publications de Camus parues chez cet éditeur avant la guerre, L’Envers et l’Endroit puis Noces en 1939, en sont dépourvues, ne laissant apparaître que le texte dans sa seule sobriété. Ce n’est pas un hasard.

L’Envers et l’Endroit est proposé en souscription à 350 exemplaires sur Alfa et 30 exemplaires sur vélin ; au final, le tirage sera composé de 30 exemplaires sur pur fil (dont cinq sur papier vert), de 325 exemplaires sur alfa Hélio et de 30 exemplaires de presse, imprimés S.P., sur bouffant.

On ne connaît qu’une poignée d’exemplaires avec envoi – seuls trois sont identifés. Notre exemplaire a été offert, sans doute dès sa parution, en mai 1937, à un « voisin » de Camus, Christan Thenier : son commerce était situé au 9, rue de Tanger, à quelques centaines de mètres de la librairie d’Edmond Charlot, rue de Charras, et entre le domicile de Camus, rue de Lyon, et celui de l’oncle Acault, rue Michelet : un parcours et des rues que Camus ne cesse d’emprûnter au quotidien et une provenance tout à fait intéressante et particulièrement adéquate pour le fils du quartier de Belcourt, capable de ressusciter les soirs d’été d’Alger, quand tous les voisins se mettaient au balcon, partageant entre eux « une solitude dans la pauvreté qui rend son prix à toute chose ».« Edité à Alger, peu diffusé pendant la « drôle de guerre », l’Envers et l’Endroit tarde à bénéficier, après la Libération, du succès de L’Etrangeret du Mythe de Sisyphe. Camus finit donc, en 1958, par en accepter la réédition. Elle est pour lui l’occasion de reconsidérer, dans une préface substantielle, le temps déjà accompli de sa carrière. S’il juge sévèrement, quant à la forme, des essais écrits à l’âge où « l’on sait à peine écrire », il y salue chaleureusement « la source unique que chaque artiste garde au fond de lui ». Il dégage mieux, à présent, la leçon des « voix des quartiers pauvres », « à mi-chemin de la misère et du soleil », alors qu’il a découvert, à Paris, « la double humiliation de la misère et de la laideur » ».

Cet exemplaire a longtemps fait partie de la collection du libraire Louis et de sa fille Marie-Madeleine Tschann (Paris, Alde, mai 2013, n° 208). Il a également figuré à l’exposition De Tipasa à Lourmarin (2013, n° 10, reproduit au catalogue).

Bon exemplaire, malgré une couverture restaurée et quelques piqûres anciennes aux feuillets liminaires.

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