Artine

[Paris, Éditions surréalistes, 1930] et chez l'auteur, [1933].

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Artine

[Paris, Éditions surréalistes, 1930] et chez l'auteur, [1933].
Intéressant exemplaire composite, constitué par le poète en 1933 :

« Avec toutes mes excuses pour cet exemplaire d'Artine “ reconstitué ”… mais je n'en possède pas d'autre - depuis 1930 ce livre est épuisé. René Char, Paris, 18.5.1933. ».

René Char a ainsi reconstitué un Artine complet, à partir de défets sur papier rose des pages [1], [2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [10], [11], [12], [13], [14], avec la correction autographe « * Jésus-Christ » rajoutée, [16], [17] et [19], en y ajoutant la date « 1930 » qu’il a contrecollés sur papier fort ;

Il a recomposé à la main les titres et textes des pages manquantes, soit la page de couverture ; la page de titre ; le texte de la page [9], de la page [15] et celle de la page [18].

Précieux exemplaire, dans lequel René Char a intercalé, en page [3], un texte de 8 lignes demeuré entièrement inédit :

« L’étonnante végétation des neiges éternelles dissimulent mal dans ses branches les grands écriteaux noirs qui tentent à des heures diverses de l’existence de nous livrer les vérités inaccessibles. A l’approche du souffle une à une les lettres disparaissent. Est-ce une boucherie ? ».

Ce texte figure également, dans cette même version autographe, dans le manuscrit autographe d’Artine, qui sera offert à Paul Eluard – lequel rédigera, avec Breton, le prière d’insérer. Paul Éluard et René Char se rencontrent à l’automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu’il était le Lamartine du Surréalisme, un « Lamartine sans lame » : le nom d’Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu’il est alors en train de préparer.

Ce sont les deux seules occurences de ce passage, dont un trouve une trace dans deux envois du poète :

« à Georges Hugnet. A l’approche du souffle une à une les lettres s’éclipsent. C’est une boucherie… »
« Pour José Delfau. Est-ce une boucherie ? Ces signaux fraternels, René Char, 29 décembre 1932 »

« À l’origine, indique Char, il y avait cette jeune fille brune venue pendant une absence de ma mère, se proposer comme servante, et qui disparut, laissant sur un papier son nom seulement, Lola Abba, nom que j’avais lu déjà en m’aidant d’une allumette, sur une croix, la nuit, au cimetière de l’Isle, dans le carré des indigents, mon ami Francis l’Élageur à mes côtés. Et je ne savais pas pourquoi il y avait, dans son apparition, dans sa disparition, le feu, la mort, la pluie fine, la vie contournante » Ainsi Char expliquait-il par ces coïncidences, mannes d’or pour le surréaliste qu’il était alors, comment Artine était née. Femme rêvée ou plutôt de rêve éveillé, elle cheminera dans toute l’oeuvre de Char, puisqu’elle sera encore nommée dans Ralentir travaux, dans La Parole en archipel puis dans Sous ma casquette amarrante.

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