La Pelle

Roma, Milano, Aria d'Italia, (6 décembre) 1949.
1 vol. (120 x 195 mm) de 416 p. et [2] f. Maroquin brun, dos lisse, titre doré, provenance dorée en pied, contreplat et gardes de papier japon assortis, tranches dorées sur témoins, couvertures conservées, étui bordé (reliure signée de Clara Gevaert - Claude Ribal, 2026).

#31682
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La Pelle

Roma, Milano, Aria d'Italia, (6 décembre) 1949.
Edition originale.

Un des 100 premiers exemplaire sur papier vert, celui-ci un des 30 hors commerce (n° IV) - seul grand papier.

Envoi à : « Al mio amico Guy Tosi, en viva e affettuosa cordialità, Curzio Malaparte, Roma, dicembre 1949 »

Exceptionel exemplaire de l’autre ouvrage-phare de Malaparte, avec Kaputt.

Au sortir du second conflit mondial, les armées américaines découvrent l’Europe à travers l’Italie défaite et rongée par la faim. Un constat désabusé qui prend sa source dans la participation de Malaparte aux combats pour la libération de l’Italie, qui livre un récit visionnaire et baroque de « cruelle et affectueuse défense du peuple italien » d’où jaillit La Peau, grand livre atroce et cruel. Les douze chapitres qui le composent forment un témoignage sur la faillite de l’humanisme, dans un texte saturé de références à toutes les grandes oeuvres de la littérature antique et italienne.

La notice de l’édition Mondadori donne de précieux renseignements sur la genèse de La peau : « le 10 novembre 1946, dans une lettre à Giuseppe Prezzolini, Malaparte évoque son prochain livre, La Peste, et explique que si Kaputt décrivait l’Europe sous la domination allemande, La Peste allait décrire l’Europe reprise par les alliés, surtout les Américains. En 1947, est publié La Peste de Camus, qui oblige Malaparte à changer de titre, et à réserver le titre initial à son premier chapitre. Malaparte donne quelques indications sur le contenu de son livre : « C’est le récit de la libération de l’Italie par les Américains. Je l’ai suivie depuis 1944 comme officier de liaison et j’ai assisté à un spectacle vraiment stupéfiant : une armée libératrice composée d’hommes jeunes, sains et beaux, de vrais archanges, entrant dans un pays héroïque, qui s’était fermé en somme devant l’agresseur. Et ici, le mystère, l’inexplicable. Autour de ces archanges, la boue, la peste : les femmes qui s’étaient gardées honnêtes se prostituant, les probes devenant voleurs, les bons, méchants ». La Peau était donc une suite à Kaputt, et la guerre de libération aboutissait paradoxalement à une sorte de « génération spontanée du mal ». A Kaputt qui dénonçait avec une violence inouïe la barbarie nazie, répond La Peau, tableau d’une Italie corrompue et humiliée. »

Le ton fait irrésistiblement penser à Céline et peut satisfaire tous les goûts littéraires, tant Malaparte sait jouer de tous les styles : baroque, grotesque, surréaliste, hyper-réaliste, expressionniste, lyrique, humoristique et noir. Il fut d’abord publiée en France, en septembre, par Denoël, traduit de l’italien d’un texte qu’aucun éditeur transalpin n’a encore eu l’audace de faire paraître : Il faudra quelques semaines supplémentaires pour que l’édition italienne ne voit le jour, deux mois plus tard : elle est achevée d’imprimer le 6 décembre 1949.

Exceptionnel exemplaire offert, dès parution, à celui qui fut le plus ardent défenseur de son oeuvre et permis sa traduction et sa diffusion en France : Guy Tosi, le directeur littéraire des Éditions Denoël.

Professeur d’italien et de littérature comparée à la Sorbonne, Tosi fut d’abord le spécialiste en France de Gabriele d’Annunzio, qui fut le sujet de sa thèse d’État. Il rentre en 1943 aux Éditions Denoël, en qualité de lecteur, dont il devient après guerre le directeur littéraire et fut, à ce titre, l’éditeur, entre autres, de Louis-Ferdinand Céline, Blaise Cendrars, Henry Miller et bien entendu Curzio Malaparte, duquel il accepte le manuscrit de Kaputt, publié en septembre 1946 et qui connaît un succès retentissant. Blaise Cendrars, qui devient au même moment un proche de Tosi, s’y reconnaîtra même, félicitant Tosi d’avoir publié ce roman, qu’il a « beaucoup aimé (…). C’est un grand livre, assez dégueulasse, comme je les aime, reflétant bien l’époque » (Cendrars, lettre à Guy Tosi, 27 septembre 1946). Cendrars dédiera même à l’italien une nouvelle de Bourlinguer, » Naples », « Au dégueulasse et génial Curzio MALAPARTE, l’auteur de Kaputt, en souvenir de la Légion, en hommage au jeune garibaldien en chemise rouge de la forêt d’Argonne, au fantassin de la montagne de Reims, et ma main amie au déporté des Lipari. Blaise Cendrars (Napolitain d’occasion). »

Après une première réception assez froide de la part du milieu intellectuel italien pour Kaputt, Malaparte doit se tourner vers l’étranger et notamment vers la France et son mentor enthousiaste en la personne de Guy Tosi, qui prendra grand soin à mettre en valeur tout ce qui prouvait son antifascisme et son attachement à la France, tout en ajoutant en codicille un prudent « se non è vero… ».
Les deux hommes se rencontreront pour la première fois en 1948, à l’occasion d’un séjour du premier séjour de Malaparte à Paris.

Aucun autre exemplaire de La Pelle dans ce tirage de tête avec envoi n’est connu, et nous n’en connaissons que les exemplaires n° 12, 23, 67 et, parmi les hors commerce, les n° XII et XXIV. C’est bien peu pour un texte de cette importance, mais dont les exemplaires furent sans doute difficillement distribués et encore plus difficillement sauvegardés.

Exemplaire idéal et somme toute des plus importants, parfaitement établi par Clara Gevaert.

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