Tirage à 120 exemplaires numérotés et enrichis d'une lithographie originale titrée, justifiée et signée par l'artiste (n° 62).
C’est en janvier 1938 que Saint-Exupéry débarque pour la première fois aux États-Unis pour tenter le raid New York – Terre de feu. Il bénéficie déjà d’une bonne réputation grâce à la traduction de Night Flight (Vol de nuit) en 1932 et Southern Mail (Courrier Sud) en 1933. Il a déjà en tête son nouveau livre dont le titre est, pour l’heure « Étoiles par grand vent » : un recueil de textes épars précédemment publiés dans la presse hebdomadaire et quotidienne, depuis Marianne (1932-1934), La NRF (1933), Air France Revue (1935), Minotaure (1935), L’Intransigeant (1936-37) et Paris-Soir (1936-1938), qu’il décide de reprendre en totalité. Une genèse singulière qui en dit long sur le bouleversement du statut de l’écrivain durant l’entre-deux-guerres et sur l’évolution des supports qui sont à sa disposition pour porter son oeuvre, fut-elle de reportage, à la connaissance de ses lecteurs.
L’illustration que vient en donner Riad Sattouf fera date : elle marque une rencontre inattendue et pourtant singulièrement juste entre un texte majeur de la littérature du XXe siècle et l’univers graphique d’un des dessinateurs les plus influents de sa génération. Né à Paris en 1978, franco-syrien, double lauréat du Fauve d’or d’Angoulême (2010, 2015) puis Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 2023, Riad Sattouf s’est imposé dès les années 2000 avec un trait faussement simple et profondément narratif, qui trouve ici un terrain inattendu mais naturel : « Illustrer les romans d’aviation de Saint-Exupéry a toujours été un rêve secret », confie-t-il. Depuis vingt ans, un portrait de l’écrivain-aviateur veille sur son bureau ; un matin, dit-il, se découvrant plus âgé que Saint-Exupéry à sa mort, il s’est senti « autorisé ». Il évoque un livre « qui élève », traversé par « le désert, l’amitié fraternelle, l’action, la mort, la mélancolie d’exister et l’émerveillement face à la beauté et à la brutalité du monde ».
Paru en 1939, Terre des hommes demeure l’un des sommets spirituels de Saint-Exupéry : méditation sur l’Aéropostale, journal d’aviation intérieure, manifeste de responsabilité humaine. L’intervention graphique de Sattouf n’en affaiblit ni la gravité ni la densité morale ; elle en révèle au contraire la dimension initiatique, la tension entre enfance intacte et conscience tragique. Cette édition s’accompagne d’une exposition-vente à la Galerie Gallimard (3 octobre 2025 – 17 janvier 2026, prolongation incluse), présentant tirages d’art signés, dessins originaux et un ensemble exceptionnel d’archives issues de collections familiales et éditoriales : manuscrit, tapuscrit corrigé inédit, correspondances, photographies et éditions autographes de 1939, offrant un contrepoint documentaire rare au travail contemporain de l’illustrateur. Exemplaire de tête à la croisée de la bibliophilie moderne, de l’histoire littéraire et de la création graphique actuelle, appelé à devenir une référence durable dans l’histoire éditoriale de Terre des hommes.



















