[Au grand socco]

Le Rezzou - Le Petit Âne blanc
[Tanger et Paris, 1951].
67 f. (135 x 210 mm) et 1 f. (80 x 135 mm), encre bleue et stylo bille.
Manuscrit de premier jet de deux principales nouvelles du Grand Socco.

Les 17 premiers feuillets portent le titre : « Le rezzou – Le petit âne blanc (Troisième récit de Bachir) » ; les 50 feuillets suivants : « Le petit âne blanc (quatrième histoire de Bachir) ». Au premier feuillet, une note récapitulative des personnages gravitant autour du héros — le petit bossu Bachir — offre un rare aperçu de l’atelier de composition de Kessel.

Le recueil publié en 1952 réunira sept histoires dites par Bachir, enfant-roi des trottoirs de Tanger, sur la place du Grand Socco.

Nos deux ensembles autographes documentent la genèse du livre, d’abord conçu comme un scénario à la demande de Carol Reed en 1950, pour lequel Kessel revient à Tanger – une découverte foudroyante d’avant-guerre. Il écume cafés et comptoirs, sous la houlette de Teddy, ancien légionnaire qu’il avait rencontré en 1939 sur place et qui y tenait alors un dancing. Kessel s’abandonne au hasard des rues, son unique méthode de travail pour esquisser l’histoire que réclame le cinéaste, rencontré à Londres pendant la guerre.

Parmi les gosses des rues, l’un d’eux s’impose, d’une douzaine d’années, bossu, mais plus vif que les autres malgré une double difformité. Attiré par son côté chef de bande juvénile, Kessel lui donne une belle somme pour un bouquet de fleurs, et le petit bossu revient avec des sucreries pour Michèle O’Brien – madame Kessel. Le romancier est conquis et n’hésite pas une seconde : il a trouvé le héros de son scénario et se met au travail. Mais Reed n’y reconnaît pas « l’histoire » dont il a besoin. Tant pis : l’écrivain laisse tomber le film, prolonge deux mois au Minzah et transforme la matière en récits qui donneront, un plus tard, Au Grand Socco.

Ils paraissent d’abord en deux séries de feuilletons dans Paris-Presse – L’Intransigeant, de juillet 1951 à janvier 1952.

La première série, du 6 au 27 juillet 1951, propose, sous le titre général « Histoires cruelles et roses de Tanger », cinq récits : « Le Sergent-major des Irish Guards » (qui deviendra en volume « Le Tambour-major ») ; « Abd-el-Meguid Chakraf, l’Américain » ; « C’était écrit » ; « Le Figuier » (qui deviendra « L’Arbre qui chante ») et « Les Galères de l’Islam » (qui deviendra « Nous, pauvres captifs »). Ces récits de cette première série « ont été considérablement retravaillés par Kessel, en vue de la publication en volume, si bien qu’il est impossible de délimiter précisément le début et la fin de chaque livraison. » (Pléiade, II, p. 1644).

Ceux de la seconde série, qui nous occupent, « Les Contes de Bachir le petit bossu de Tanger », sont publiés du 22 décembre 1951 au 4 janvier 1952 : douze livraisons, sans titre, qui seront regroupées en deux chapitres dans le volume : « Le Rezzou » (livraisons des 22 et 23 décembre) et « Le Petit Âne blanc », sans grands changements par ailleurs dans le recueil, lequel paraîtra aux éditions Gallimard le 18 juin 1952 dans la collection « Blanche », avec la mention « roman » sur la couverture.

« Le Rezzou » et « Le Petit Âne blanc » prennent alors place en troisième et quatrième position – ainsi que Kessel l’indique dans ces manuscrits.

« Le Petit Âne blanc » est un conte féerique et démontre encore, si il en était besoin, tout le talent de conteur de Kessel, qui a grandi avec les caravaniers et dans l’esprit de la route de la soie : le désir obstiné du petit Bachir de raconter le monde plonge Kessel dans la verve des légendes orientales.

Rares manuscrits princeps, de premier jet. Ces manuscrits sont les seules traces existantes d’un matériel autographe pour Au Grand Socco, aucun autre document manuscrit (ou dactylographié) relatif aux autres chapitres n’étant connu. Ils ont été utilisés et étudiés par L’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) de La Rochelle, au sein du Fonds Kessel mis à disposition d’une unité de recherche du Centre National de la Recherche Scientifique et de l’École normale supérieure. Ce fonds conserve une partie des archives Kessel et c’est à la lumière de ces riches documents qu’a été élaborée la nouvelle édition des oeuvres de Kessel dans la Bibliothèque de La Pléiade, sans être pour autant pleinement exploités.

Ces précieux manuscrits proviennent de ce fonds, longtemps inaccessible et dont le contenu demeure inédit.

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