Un des 80 premiers exemplaires sur vélin pur chiffon (n° 37).
Livre singulier dans l’oeuvre de Modiano, Des inconnues forme une rare incursion dans la forme courte de la nouvelle : trois récits sans titres (I, II, III), à la première personne, où trois jeunes femmes à la charnière entre adolescence et jeunesse arpentent un Paris inconnu, ou fantasmé, prises dans le flou des dates et la précision des lieux. La nouvelle II avait paru l’année précédente dans le magazine Elle sous le titre Aux jours anciens.
« Comme je suis incapable d’écrire un livre de pure fiction, j’ai mélangé mes propres souvenirs et ceux des filles que j’ai croisées dans les années 60. Comme l’héroïne du deuxième récit, j’ai souffert de vivre dans un pensionnat près d’Annecy, le collège Saint-Joseph de Thônes, et, comme elle, je m’en suis évadé pour rentrer à Paris en train. Comme celle du premier récit, j’ai vécu dans cette atmosphère trouble de la fin de la guerre d’Algérie. Les très rares fois où j’ai vu mon père, c’était à Genève. J’avais 16 ans, on venait me chercher dans mon pensionnat, je traversais la frontière, et j’arrivais dans le hall de l’Hôtel du Rhône où j’assistais à un mystérieux ballet de diplomates, de dirigeants du FLN, d’hommes cravatés à l’air sombre, c’était une ambiance très étrange, très secrète. Enfin, comme la jeune femme du troisième récit, j’ai connu, toujours près d’Annecy, des disciples de Gurdjieff, et j’étais frappé de constater qu’ils étaient toujours recrutés chez des intellectuels se trouvant dans un état physique désespéré. » (Entretien avec Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, 1999).
Le 9 octobre 2014, son oeuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature pour « l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation », comme l’expliquent l’Académie suédoise et son secrétaire perpétuel Peter Englund, qualifiant l’auteur de « Marcel Proust de notre temps ». C’est alors le 15ème auteur français à recevoir cette récompense.




