Seul conte pour enfants de Maurice Druon, Tistou les pouces verts est devenu l’un des grands textes pacifistes – voire écologistes avant l’heure – de la littérature jeunesse française. Il fut maintes fois réédité, et il est à parier que chaque école primaire de France en possédait, au moins au siècle dernier, chacun un exemplaire.
L’ouvrage, porté par les vignettes fraîches et lumineuses de Jacqueline Duhême, raconte la découverte par Tistou de ses « pouces verts », pouvoir discret et bienfaisant qui fait fleurir prisons, hôpitaux et canons, et oppose à l’esprit de système des adultes la guérison par la beauté et la nature. Sous l’apparente simplicité d’un apprentissage (Tistou « n’aime pas l’école » et reçoit la leçon du jardinier M. Moustache), Druon développe une critique douce mais résolue du militarisme et de l’idéologie, et réaffirme la souveraineté de l’enfance.
Délicate provenance, puisque l’exemplaire est offert à Madeleine Marignac dont Druon salue « la gentillesse et la diligence » : elle fut probablement une des premières lectrices de l’oeuvre et sa correctrice. Elle n’est, à cette date, que sa secrétaire et correctrice, dactylographiant ses manuscrits avec une rigueur orthographique et syntaxique remarquable. Présente à chaque étape de la rédaction des Rois Maudits, elle en devient une collaboratrice discrète mais constante et devient au fil des ans sa confidente, puis sa compagne, suppléant Edmonde Charles-Roux dans le coeur de Druon. La relation devient officielle en 1967, quand il rentre à l’Académie française, et le couple se marie l’année suivante.
Très bel exemplaire dans le tirage original de Del Duca, dans son cartonnage éditeur.



