Envoi signé : « à ma bonne mère, à ma garde-malade, à qui je dois tout, même de survivre, avec tout mon cœur, Jean Lorrain, novembre 1891 ».
Publié dix ans après Le Sang des dieux, Sonyeuse consacre la renommée de Lorrain : un récit liminaire presque romanesque (76 p.) qui donne son titre au volume et une série de nouvelles en diptyque – « Soirs de province » (Dans un boudoir, La Chambre close, Romance d’automne ! Love’s labour lost) puis « Soirs de Paris » (L’Inconnue, L’Égrégore, Le Ménage Nauretale, L’Amant des poitrinaires, Conte d’une nuit d’hiver, Dans l’espace, Oraison funèbre, Guide moral Conty) – où s’affirment la manière décadente et le sens du climat, entre grisaille provinciale et rues désertes.
Cet exemplaire offert à Pauline Duval – l’un des quatre recensés – éclaire le coeur de la biographie : en 1880, le jeune Paul Duval gagne Paris (45, rue d’Auteuil) à la condition paternelle de prendre un nom de plume – « Jean Lorrain » – ; en 1891, l’année même de Sonyeuse, sa mère vient vivre auprès de lui, présence discrète et vénérée par le cercle d’Auteuil. Uzanne la dit « adorable mère impassible, indulgente, le sourire aux lèvres, avec le charme et la distinction d’une grande dame du siècle de la poudre et de la philosophie aimable, [elle] était attentionnée et aux petits soins pour les amis […] invités par son cher grand gamin » (Jean Lorrain, l’artiste, l’ami, Les Amis d’Edouard n° 14, 1913). Après la mort de l’écrivain en 1906, elle adoptera le nom Duval-Lorrain, réconciliant le fils et l’homme de lettres.
Une belle correspondance entre Jean Lorrain et sa mère sera publiée par Georges Normandy, en 1925, qui rassemble leurs nombreux échanges de 1864 à 1906.










