Un des 6 premiers exemplaires sur japon nacré (n° III).
Joints : une belle lettre autographe signée destinée à une « amie du vieux Bloy » (4 p.), et une carte de visite de l'auteur contenant l'inscription suivante : « aux gracieuses collaboratrices de la Maison B. Grasset, en expiation des exemples de paresse, de bavardage et de dissipation qu'il leur a donnés pendant deux semaines ».
La belle et longue lettre autographe montée en tête est adressée à une écrivaine et amie de Léon Bloy : « Madame, je suis désolé – confus et désolé – de vous avoir rencontrée hier si affreusement mal à propos – Pioch à ma droite, Talbois à ma gauche, tandis que cet horrible bavard donnait le spectacle à la tribune d’une vanité convulsée jusqu’au spasme, offrant généreusement sa salive et sa sueur. Sans doute ai-je parfaitement tort de confier à l’administration des Postes une opinion qui doit être très différente de la vôtre puisque votre imagination garde assez de jeunesse et de générosité pour regarder cette sorte d’humanité sans tristesse, et même avec la joie amère, un peu sauvage, qu’on retrouve dans les pages les plus inspirées de vos livres. Mais j’aime autant que vous me preniez pour un imbécile et vous dire que partout ailleurs j’aurais su exprimer quelque chose de mon admiration pour la si fraternelle, si compatissante amie du vieux Bloy, et l’auteur de tant de livres hardis et forts, qui pourraient servir de leçon a un certain nombre de jeunes écrivains du sexe mâle,… Georges Bernanos ».
La Grande Peur des bien-pensants marque le moment d’une rupture importante dans l’histoire des droites françaises : le texte rassemble pour partie des textes publiés entre 1929 et 1931, certains écrits dans L’Action française, d’autres sous forme de conférence. Sa parution précède la rupture entre Maurras et Bernanos, qui date de mai 1932, lorsque le chantre du nationalisme intégral écrira dans L’Action française du 16 mai son célèbre « Je vous dis adieu, Bernanos ».
Une évolution engagée chez Bernanos depuis plusieurs années et qui le conduira au positionnement salutaire que l’écrivain adoptera quelques années plus tard.
C’est avant tout un texte de soutien à l’abominable Édouard Drumont et à son oeuvre majeure La France juive, qu’il faut malgré tout avoir lue. Mais s’il y a bien rupture entre Bernanos et Maurras, la nature de l’antisémitisme de l’écrivain catholique, bien réel dans ce panégyrique de Drumont, soulève encore les passions aujourd’hui. Cette biographie de Drumont est surtout un pamphlet qui dénonce le déclin de la nation tombée entre les mains de la bourgeoisie conservatrice dans les premières décennies de la IIIe République.
« On voit habituellement en Georges Bernanos un écrivain très proche de L’Action française, si ce n’est l’écrivain maurrassien par excellence. En réalité, s’il fut en effet maurrassien convaincu dans sa jeunesse, journaliste militant à L’Avant-Garde de Normandie en 1913-1914, proche du mouvement à l’époque de Sous le soleil de Satan et de la condamnation de l’Action française par le Vatican (1926-1927), sa rupture avec Maurras en 1932 révèle toute la distance qui le sépare en profondeur du mouvement royaliste. Il est logique que Bernanos en vienne à condamner Maurras, coupable de complaisance envers les dictatures conquérantes, au temps de Munich et de la guerre d’Espagne (…).Opposé à la vision maurrassienne de l’Histoire parce qu’il a toujours choisi le romantisme de l’aventure personnelle contre le positivisme de la raison politique, opposé au « catholicisme sans Christ » de la France maurrassienne au nom même du Dieu de l’Évangile, il a bâti son oeuvre d’écrivain sur une quête spirituelle qui est restée totalement étrangère, en définitive, aux idées et aux valeurs de ce journal (…) » (Denis Labouret, Georges Bernanos et l’Action française : histoire d’un malentendu).
Très bel exemplaire.
De la bibliothèque Charles Hayoit (Paris, Sotheby’s & Poulain-Le Fur, 30 novembre et 1er décembre 2001, lot 942), avec ex-libris.

















