Exemplaire relié et constitué à l'époque, vraisemblablement pour le directeur de la revue dans laquelle la nouvelle paraît - La Revue de Paris -, Amédée Pichot, avec un billet autographe joint :
« Le manuscrit sera remis sous dix jours. H.B. ».
Le dit manuscrit, terminé par Balzac en février 1833, se compose de 104 feuillets, aujourd’hui conservés dans le Fonds Lovenjoul de la Bibliothèque de l’Institut.
Contemporain de la rédaction de La Théorie de la démarche, Ferragus, chef des Dévorants, est publié dans la Revue de Paris à partir du 10 mars 1833, en quatre livraisons dont la dernière est annoncée pour le mois d’avril. Mais ce ne sera pas le cas, sur fond de rupture éditoriale entre Balzac et Pichot. Cette rare dernière partie paraîtra donc seulement en tiré à part au dernier numéro de mars, ajouté in extremis et paginé spécialement de 1 à 34, pour quelques exemplaires. Cet exemplaire, constitué à l’époque, le contient bien.
L’édition originale en volume, chez Mme Charles-Béchet sous le titre Les Treize, sera différente de celle publiée ici puisque Balzac y supprime les noms d’écrivains et d’artistes « réels » que contient bien le texte de la Revue de Paris.
Les Treize, selon la préface de Balzac, sont « treize hommes également frappés du même sentiment, tous doués d’une assez grande énergie pour être fidèles à la même pensée, assez probes pour ne point se trahir, alors même que leurs intérêts se trouvaient opposés, assez profondément politiques pour dissimuler les liens sacrés qui les unissaient, assez forts pour se mettre au-dessus de toutes les lois, assez hardis pour tout entreprendre, et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins » : il s’agit en fait d’une société secrète qui fait basculer La Comédie humaine dans un univers fantastique, le fameux « fantastique social » tel que le définit Charles Nodier, un genre dans lequel Eugène Sue excellera avec Les Mystères de Paris.
Le texte est dédié à Hector Berlioz et connaîtra un grand succès. Balzac commentera lui-même dans une lettre à Mme Hanska, le 29 mai 1833 un « succès extraordinaire dans ce Paris si insouciant et si occupé », considérant Ferragus comme une de ses meilleures productions : « (…) le Père Goriot est devenu sous mes doigts un livre aussi considérable que l’est Eugénie Grandet ou Ferragus. » (22 octobre 1834, Corr., II, 560).
Et le Bulletin de Censure accorda même un brevet de moralité : « Les souffrances intérieures de Mme Jules, l’héroïsme chrétien qui la rend résignée, sont exprimées avec un sentiment et une éloquence qui arrachent des larmes. C’est une des oeuvres les plus saisissantes et les plus morales de M. de Balzac ». (René Guise, « Balzac et le Bulletin de Censure », A.B. 1983).
Un texte rare et méconnu de Balzac, ici dans une condition des plus désirables.









