Envoi signé : « Pour Monsieur et Madame Maurice Genevoix, ce prétexte à leur dire ce qu'ils savent : ma vraie et profonde gratitude pour une inépuisable gratitude qui me touche beaucoup, mon très fidèle et très respectueux attachement, Jean d'Ormesson ».
Quatrième roman de Jean d’Ormesson, Les Illusions de la mer préfigure l’oeuvre à venir : on y trouve déjà ses goûts pour la Grèce et l’Adriatique, les histoires de famille, sur les voyages, les femmes, le journalisme et la littérature. « Trop long », pourtant, pour Paul Morand, qui le fustige dans son Journal inutile : « (…) C’est un livre qui a dû être très amusant à écrire, mais ennuyeux à lire. Mélange de Jules verne et d’Anatole France ». Mais suffisamment sérieux pour que Claude Gallimard ne le fasse quitter son éditeur historique, René Juillard, pour le respectable catalogue de la rue Sébastien-Bottin. Pour lequel il publiera, trois ans plus tard, Le Gloire de l’Empire, qui constituera son premier grand succès et lui ouvrira les portes de l’Académie française, en 1973 – avec le soutien de Paul Morand, lequel précisant dans son Journal : « Ceci dit, je suis content de lui avoir fait obtenir [ce] grand prix à l’Académie ».
C’est tout d’abord avec l’oncle de Jean d’Ormesson, Wladimir d’Ormesson, écrivain et diplomate, membre de l’Académie française de 1956 à 1973, que Maurice Genevoix noua une belle amitié. Le neveu, Jean d’Ormesson, prendra la suite. Il aura pour Maurice Genevoix une immense et affectueuse admiration, tant pour l’écrivain que pour l’homme ; au lendemain de la mort de ce dernier, en septembre 1980, il lui rendait hommage en redisant, avec émotion, le bonheur de l’avoir connu : « Il savait ce qu’il valait : il n’était pas orgueilleux. Il pouvait être vif, incisif, il n’était jamais méchant. Il avait de la tendresse pour les forêts, les animaux, sa Loire natale, sa Sologne, pour ceux qui souffrent et qui meurent ; les hommes l’aimaient en retour. Il savait tout : il était le contraire d’un pédant. Il comprenait tout. Mais il savait vivre. Tous les honneurs étaient passés sur lui sans l’atteindre. Cet homme des bois et ce guerrier était un intellectuel. Il avait à porter témoignage sur tout ce qu’une génération de Français a connu de malheurs et de joies : la vie simple et heureuse, l’amour de la terre, la guerre et la paix, le souvenir. »
Bel exemplaire qui témoigne de l’attention portée par le jeune romancier à son aîné. L’envoi, strictement contemporain de la parution du roman, donne les prémisses d’une relation qui n’ira que croissante en qualité et en amitié.
De la bibliothèque Maurice Genevoix (envoi et ex-libris).











