Voyage avec un âne dans les Cévennes

Paris, Stock, coll. « Les Grands Étrangers », (20 mai) 1925.
1 vol. (185 x 205 mm) de 311 p. et [2] f. Broché, à toutes marges.

#31941
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Voyage avec un âne dans les Cévennes

Paris, Stock, coll. « Les Grands Étrangers », (20 mai) 1925.
Édition originale de la traduction française de F.-W. Laparra.

Un des 25 premiers exemplaires sur japon avec une variante de l'eau-forte originale de Robert Bonfils (n° 21).

Les raisons qui poussèrent le jeune Stevenson – pas encore âgé de 28 ans – à entreprendre seul ce périple à travers les Cévennes semblent profondément intimes. À la fin de l’été 1878, Fanny Osbourne, artiste américaine dont il partage la vie depuis deux ans, est contrainte de regagner les États-Unis, auprès d’un mari qu’elle n’a pas encore quitté.

Éprouvé par cette séparation, Stevenson se retire d’abord dans le village du Monastier, en Auvergne, là même où George Sand s’était rendue pour nourrir l’écriture du Marquis de Villemer, un roman que Stevenson appréciait particulièrement. Mais le repli ne suffit pas à apaiser la peine. Le 17 septembre, il décide de partir : pour soixante-cinq francs et un verre de liqueur, il achète «une minuscule ânesse, pas plus grosse qu’un chien, couleur de souris, l’oeil aimable et la mâchoire inférieure décidée. La coquine avait je ne sais quoi de simple et de racé, une élégance de quaker qui me plut sur-le-champ ».

Sous une forme légère, le récit prend peu à peu l’allure d’une initiation, à la lenteur, à la rudesse du monde, à la liberté – et à l’écriture. L’humour de Stevenson, sa capacité d’autodérision, son goût pour la topographie aussi bien que pour l’introspection y éclatent à chaque page. À travers la lande cévenole, jusqu’à Saint-Jean-du-Gard, l’auteur croise l’histoire tourmentée des Camisards, à laquelle il rend un hommage vibrant tout au long de ce qui s’appelle aujourd’hui le « chemin Stevenson », devenu le GR 70 emprunté chaque année par des milliers de randonneurs.

Son « contre-récit » moderne, un vagabondage nourri d’érudition, de sensibilité et de silences, fait de Stevenson l’un des grands précurseurs du récit introspectif de voyage dont ce texte est l’un des jalons. Il rejoindra l’année suivante Fanny, désormais divorcée, et l’épouse en mai 1880, avant d’entreprendre l’année suivante la rédaction de L’île au trésor.

En français, le texte connaît d’abord une publication partielle en 1901 dans le Bulletin illustré du Club cévenol, sous le titre Randonnée dans les Cévennes, avant une traduction intégrale signée Jane Adams Mulholland publiée chez Stock en 1910 – sans grands papiers.

Ce n’est qu’en 1925, à l’occasion de la réédition dans la belle collection « Les Grands Étrangers », que le texte prend un nouvel essor, avec une nouvelle traduction, plus fluide et plus fidèle, due à F.-W. Laparra, qui fera autorité pendant des décennies.

Belle eau-forte originale en tête de Robert Bonfils, tirée à part en deux variantes. L’illustrateur et décorateur d’avant-garde est alors au sommet de sa renommée. Il sera, en 1946, l’un des six fondateurs de la Société de la reliure originale avec Rose Adler, Jacques Anthoine-Legrain, Paul Bonet, Georges Cretté et Henri Creuzevault.

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