Dès la mi-décembre 1914, le médecin qu’est encore Georges Duhamel écrit à son épouse : « Je devrai à la guerre d’être sorti de mon trou habituel et d’avoir vu une collection énorme de types que rien ne pouvait me faire imaginer. » Ces premières impressions l’incitent à écrire Vie des martyrs, paru en avril 1917 – un livre que Maurice Genevoix saluera dans L’Europe nouvelle, en janvier 1918. Un an plus tard, Duhamel enchaîne avec Civilisation, oeuvre plus ambitieuse et plus romanesque, dans laquelle il élargit son propos à travers divers narrateurs. Il ne s’agit plus seulement de témoigner, mais de réfléchir à ce que la guerre fait à l’humanité. La compassion du médecin se double d’une désillusion morale, voire d’un désespoir, dans ces textes nés depuis les ambulances de l’arrière-front.
Le 11 décembre 1918, Civilisation est couronné par le prix Goncourt, l’emportant contre Koenigsmark de Pierre Benoît, Les Silences du colonel Bramble de Maurois et Simon le pathétique de Giraudoux. Duhamel abandonnera définitivement la médecine à la suite de cette reconnaissance littéraire. Précisons que le volume a été publié sous le pseudonyme de Denis Thévenin, sans que les raisons profondes en aient été établies – Duhamel signant la majorité du service de presse sous son nom réel.
Jean Norton Cru, dans Témoins, exprimera ses réserves sur l’ouvrage, doutant de la véracité de certains épisodes et reprochant à l’auteur une forme d’esthétisation : « Est-ce que l’auteur n’a pas joué avec trop d’insistance sur la corde de la pitié, dans un but littéraire, avec l’intention de produire des morceaux à succès ? » Il n’en reste pas moins que Civilisation est l’un des textes les plus importants sur l’expérience d’un médecin pendant la Grande Guerre.
En août 1940, Civilisation sera interdit et mis sur la liste Bernhard, avant que l’ensemble de l’oeuvre du Duhamel ne soit inscrite sur la liste Otto. À la Libération, Duhamel fera partie du Comité National des Écrivains, dont il démissionnera en 1946, désapprouvant les excès de l’Épuration.
Ce tirage pour « Les XX » ne comporte pas l’achevé d’imprimer de l’édition originale, mais seulement l’imprimerie Roy de Poitiers. Il est signé, comme pour tous les titres publiés par cette société de bibliophiles, par l’auteur – qui signe « Georges Duhamel ».














