Chaque photo est montée sous passe-partout de canson. Les quatre derniers feuillets sont restés vierges.
Trois lieux sont identifiables : le premier est le poste frontière de Foussemagne, dans le Territoire de Belfort. En 1914, l’Alsace est allemande : depuis la défaite de Sedan, la frontière entre la France et l’Allemagne, fixée par le traité de Francfort en 1871, fut tirée du Luxembourg aux limites de la Suisse près de Réchésy : 4056 bornes furent ainsi plantées à intervalles d’environ cent mètres selon la configuration du terrain. Ces stèles de taille différentes, certaines mesurant un mètre, sont numérotées. Foussemagne en compte 6 sur son territoire, et l’on aperçoit la troisième, à côté des bureaux des douanes françaises, dans une maison du Faubourg Saint Antoine, à la limite de Chavannes-sur-l’Étang. Elle porte le n° 3802 gravé sur l’un de ses côtés. Des dizaines de milliers d’hommes furent massés à cette frontière, que l’Armée d’Alsace franchit le 11 août 1914.
D’autres clichés permettent ensuite d’identifier la commune de Maurupt-le-Montois, ainsi qu’une carte postale représentant la commune, dans le département de la Marne, théâtre de violents affrontements un mois plus tard : du 5 au 12 septembre, la bataille qui porte son nom permet de redresser une situation militaire gravement compromise et d’arrêter le plan allemand d’invasion de la France. Au prix d’un supplice qui voit le village rasé à 90 %. Comme un grand nombre de communes voisines, la commune est citée à l’ordre de l’armée et reçoit, le 20 septembre 1920, la Croix de guerre. Elle accueille aujourd’hui une nécropole nationale, qui regroupe les dépouilles de 515 soldats français morts sur son sol pendant ces quelques jours. Une petite partie des 250 000 jeunes Français qui, au cours des mois d’août et septembre 1914, meurent, sont blessés ou portés disparus dans une course effrénée de prendre l’armée adverse à revers. Français et Allemands échouent face à face jusqu’aux rivages de la Mer du Nord : la guerre de mouvement s’enraye, le conflit s’installe alors pour quatre ans au fond des tranchées.
C’est justement vers le Nord qu’un troisième lieux est identifiable : les mines de Bruay. Situées près de Béthunes, ce sont les seules mines du nord, avec celles de Marles à ne pas être conquises par les allemands, lesquels vont contrôler les 2/3 du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, qui fournit en 1913 près de 70 % de la production charbonnière française.
Précieusement fortifiées, elles furent alors surexploitées pendant la guerre afin de répondre aux demandes ; le Président de la République, Raymond Poincaré, se rendra spécialement à Bruay afin d’encourager les mineurs en 1915 et les ateliers miniers seront également mis à contribution pour produire ce que le commerce n’est plus en mesure de fournir : outillage, matériel ferroviaire et jusqu’aux ampoules dans les ateliers centraux. Les mines emploieront, à leur apogée, en 1918, plus de 20 000 ouvriers, dont 16 000 mineurs au fond. En 1918, face à leur défaite, les Allemands programment la destruction du bassin minier en déversant 110 millions de mètres cubes d’eau qui inondent les puits. Plusieurs années de pompage seront nécessaires pour remettre les mines en état.
De Belfort à l’Artois et jusqu’au Pas-de-Calais, l’opérateur anonyme témoigne dans ce reportage des destruction occasionnées par les combats au cours de ces premiers mois de guerre, juste avant la guerre des tranchées qui prend, lentement, possession du terrain.
Un témoignage concret et émouvant des lieux et des hommes qui y auront connu malheurs et douleurs.













